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05 mai 2012

Ni blanc, ni abstention...mais sanction

Dimanche le choix offert aux Français ne peut être que déplaisant aux tenants d’une certaine idée de la démocratie.

La culture politique qui est celle d’une grande partie des centristes répugne au culte du chef, et l’idée qu’il faille se résigner à désigner tous les 5 ans un « monarque républicain » est affligeante.

On voit bien cette année encore pourquoi.

Se drapant d’une majorité des suffrages exprimés au second tour pour asseoir sa légitimité, le futur président ne représentera cependant réellement qu’un gros quart de 80% des électeurs, ceux du premier tour, soit moins de 15% des Français… Pas de quoi fanfaronner, et pourtant que de pouvoirs concentrés entre les mains d’un tel personnage !

Mais surtout, on voit bien qu’au sortir du second tour l’homme qui le 06 mai à 20 heures sera élu président de la République, le sera non pas par le fruit d’une adhésion commune des Français à ses idées, ni suite à une volonté générale de se rassembler autour d’un projet collectif, mais par le seul rejet de l’autre adversaire, jugé pire que lui.

Doit-on pour autant se détourner du scrutin au seul titre qu'il ne nous convient pas ?

François Bayrou éliminé de processus électoral, beaucoup de ses électeurs sont tentés au second tour par l’abstention ou le vote blanc. Ces dernière options sont à mon sens, demain, contreproductives et injustifiables.

François Bayrou et le Modem ayant soutenu durant cette campagne la reconnaissance du vote blanc, on me rétorquera que ma position est contradictoire. Je récuse par avance cet assertion. Vouloir une réforme est un chose, agir comme si elle était effective alors que ce n'est pas le cas en est une autre. La différence entre les deux situations n'est pas anodine : c'est la reconnaissance de la réalité.

Contre-productifs donc, car pour l'élection présidentielle ces (non) choix ne sont pas pris en compte dans le résultat final. .

Même sans reconnaissance officielle du vote blanc, il est des élections où s'abstenir a un sens et une influence sur le résultat final. C'est le cas par exemple lors du premier tour des Législatives quand la qualification au second tour passe par l'obtention par les candidats d'un minimum de 12,5% des électeurs inscrits.

Mais cela ne sera pas le cas dimanche où sont pris en compte les seuls suffrages exprimés, autrement dit valides, c'est à dire avec le nom de l'un des 2 candidats.

Donc même avec 90% d’abstention ou de vote nul, il y aura un vainqueur élu à la majorité. Sa légitimité en sera peut-être affaiblie, mais légalement ses pouvoirs seront les mêmes, et à aucun moment le taux d’abstention ou de votes blancs ne pourra lui être opposé.

Au niveau comptable ce n’est donc pas un choix, encore moins une quelconque forme d’expression. C'est nul, rien, de l'anti-matière électorale.

Autre raison qui découle de la première. Puisque majorité sera dégagée, Président il y aura. Quoiqu’on en pense, le 07 mai la France se réveillera avec un chef d’état, et celui-ci ne sera qu’un des deux en lice. Il n’y a pas de troisième choix possible, et il est faux de prétendre le contraire.Assumer ses responsabilités, lorsque deux choix, aussi mauvais soient-ils, s'offrent à nous, ce n'est pas de les refuser, c'est d'opter pour celui qu'on estime le moins pire.

Comme citoyens, dimanche, il nous est demandé avant tout de nous définir sur la façon dont a été géré le pays depuis 5 ans, et si nous voulons que cette politique et ces manières se poursuivent dans les 5 prochaines. On ne peut se plaindre de ce que Sarkozy a fait pendant un quinquennat et le jour où on a la possibilité de le remplacer, en pratiquant l’alternance, s’y refuser.

Ne pas remplacer ceux que l’on juge incompétent n’est-ce pas en effet de facto cautionner leur action suivant l’adage «  Qui ne dit mot consent » ?

Un vote n'est assurément pas un blanc seing donné à un impétrant.

C'est en revanche le seul moyen pour le peuple de sanctionner ceux qui se sont montrés incompétents.

Quitte à le faire tous les 5 ans.

Churchill ne disait pas autre chose, quand il affirmait que « la démocratie est la pire forme de gouvernement en dehors de toutes les autres ». Ce n’est effectivement en aucun cas une garantie de bonne gouvernance. Elle est juste l’assurance (et quelle chance !) qu’on puisse dénoncer et remplacer les mauvais gouvernants quand il s’en présente.

Comment par ailleurs attendre de nos représentants qu'ils s'améliorent s'ils ne sont pas sanctionnés en cas de défaillance ? Reconduire l'incompétence et la mauvaise gouvernance est le meilleur moyen de s'assurer qu'elles perdureront.

Ne pas sanctionner quand l’occasion en est donnée, c’est aller à l’encontre de ce principe fondamental de la démocratie pour lequel nombre de nos ancêtres se sont battus. Pouvoir exprimer pacifiquement son désaveu à ceux qui nous dirigent et les mettre dehors est un privilège pour lequel aujourd’hui à travers le monde nombre d’anonymes, des rues de Homs aux prisons de Pékin, rêvent et meurent.

C’est donc un devoir moral de citoyen en République que de faire et d’assumer ce choix.

Alexandre Joly.

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