09 octobre 2009

Un Nobel prématuré ?

Ce vendredi 9 octobre 2009, le comité Nobel a remis son prix le plus prestigieux, celui de la Paix, au nouveau président des Etats-Unis, Barack Obama.

 

Cette distinction est une surprise.

 

Tout d’abord parce que sur les 205 « candidats », ce dernier n’était absolument pas considéré comme un « outsider ». L’ancien opposant zimbabwéen Morgan Tsvangirai, le dissident chinois emprisonné Hu Jia ou encore la militante afghane des droits de la Femme, Sima Samaar, semblaient plus crédibles car ils incarnaient réellement le combat contre l’oppression et s’inscrivaient dans la lignée des Aung San Suu Kyi lauréate en 1990, Lech Walesa en 1983 ou encore Nelson Mandela en 1993. En souffrant leur lutte dans leur chaire. 

 

Alors oui, le comité Nobel a souvent alterné dans ses distinctions hommes et femmes martyrisés comme on vient de le voir, organisations (AIEA en 2005, ONU en 2001…), mais aussi, comme avec Barack Obama, des dirigeants (Jimmy Carter en 2002, le trio Arafat/Rabin/Peres en 1994…) pour leurs actions en faveur de la paix.

 

Mais dans ce dernier cas, les lauréats étaient généralement honorés une fois déchargés de leur fonction (comme Jimmy Carter) ou après la mise en pratique et un changement significatif de politique, généralement symbolisés par un acte fort (accords d’Oslo de 1993 pour le trio ARP). 

 

Or, cette année, il vient distinguer un homme tout juste entré en fonction (à peine 9 mois) et dont l’action n’a naturellement et jusqu’à présent nullement modifié la donne internationale.

 

Certes, ces propos sur la dénucléarisation, le multilatéralisme ou la promotion d’une plus grande discussion interculturelle ont abouti au réchauffement des relations américano-russes, ou encore à l’adoption d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui appelle à l’instauration d’un monde dénucléarisé.

 

Propos qui font office d’argumentaire au président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, pour justifier son choix quand il précise que « le comité a attaché beaucoup d’importance à la vision et aux efforts d’Obama en vue d’un monde sans armes nucléaires (…) pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples. »

 

Mais nous sommes là dans un monde de paroles et non d’actes. Encore moins de succès diplomatiques.

 

En parlant d’actes, il est d’ailleurs très surprenant que le comité ait accordé son prix à un président qui, à son poste, a refusé il y a quelques jours de rencontrer un de ses prédécesseurs, lauréat en 1989 : le Dalaï Lama. Relations sino-américaines obligent.

 

On pourrait alors se contenter de parler de précipitation et oublier.

 

Mais une question se pose : ce Nobel est-il judicieux et ne va-t-il pas avoir une influence sur la future politique étrangère d’Obama comme, dans un autre registre, le prix attribué au Dalaï Lama en a eu sur les relations de la Chine avec le reste du monde ?

 

On peut en effet s’interroger sur la pertinence d’avoir accordé un tel prix à un homme dont les convictions morales et le sens de l’éthique semblent suffisamment élevés pour ne pas prendre cette distinction à la légère. Ce, alors que Barack Obama a en ce moment même à trancher sur une demande de renfort de troupes en Afghanistan de l’ordre de 40 000 hommes de la part du Général MacKrystal, et que les dossiers iraniens, israélo-palestiniens ou nord-coréens peuvent s’envenimer à tout instant.

 

Or, il n’est pas certain qu’en cas d’obligation de la part des Etats-Unis de hausser le ton vis-à-vis de l’un de ces pays, son étiquette de Pacifiste lui soit un atout, tant ce terme est généralement synonyme de faiblesse dans toutes les dictatures du monde.  Il suffit de se souvenir comment Kim Jung Il a accueilli la prise de fonction de ce jeune et inexpérimenté président (essai nucléaire, tests de missile ballistique…).

 

Qui plus est, il n’est pas certain non plus qu’un tel prix renforce l’image du président dans son propre pays quand ses concitoyens attendent de lui des décisions fortes.

 

Si le comité Nobel espérait encourager le président Obama dans la mise en application de sa vision des relations internationales, intention louable, il se pourrait cependant bien qu’il lui ait fait un cadeau empoisonné et mis une pression bien inutile.

Alexandre Joly.

15 septembre 2009

Le MoDem en Russie

Depuis quelques semaines, nos confrères et amis de la section MoDem de Moscou, sous la houlette de leur dynamique président Laurent Couraudon, éditent un blog que je vous invite à découvrir en cliquant ici.

Bientôt réunies en une même circonscription électorale au sein de la 11ème circonscription des Français de l’Etranger par le projet de loi du Secrétaire d’Etat Alain Marlaix, Russie et Japon offrent aux ressortissants français qui y résident d’étranges similitudes. En effet, ces deux pays sont les seuls membres du G8 à ne pas avoir ratifié les accords de La Haye du 25 octobre 1980 sur les enlèvements d’enfants, notamment ceux binationaux. Dans la 11ème circonscription des Français de l’Etranger le Pakistan et la Chine, sauf territoires de Hong-Kong et de Macao, sont les deux autres grands pays à ne pas avoir signé cette convention (voir liste des pays signataires).

Cet état de fait est à l’origine de nombreux cas dramatiques dont nous nous sommes faits l’échos ici même pour le Japon, notamment en relayant les initiatives de l’association SOS Parents Japan et du réseau Oyakonet.

Les carences du droit russe ont quant à elles étaient mises en lumières lors de la très médiatique affaire de la petite Elise. Cette fillette que sa mère a, à deux reprises, enlevé alors qu’elle était sous la garde de son père en France et qui fût le sujet d’une « alerte enlèvement » relayée dans tous les médias nationaux au mois de mars.

Le MoDem Japon s’engage à rester mobilisé sur ce sujet.

Alexandre Joly
Président de la section MoDem Japon

20 mars 2009

Francophonie : retour sur l’affaire Ishihara

Comme vous avez très certainement dû ne pas vous en apercevoir tant les médias hexagonaux l’ont passé sous silence, ce vendredi 20 mars est la Journée de la Francophonie. Journée d’hommage qui n’aura malheureusement fait couler que très peu d’encre hors la Une du journal libanais L’Orient – Le Jour. Le pays du Cèdre accueillant en effet les cérémonies officielles, et donc les délégations des pays membres de l’OIF. Ce silence est malheureusement significatif du désintérêt des élites françaises chez qui Abdou Diouf, président de l’OIF, avoue ne pas « ressentir le militantisme francophone » des milieux intellectuels des autres pays.

Pour cette journée d’hommage à la langue française, de nombreuses manifestations sont aussi programmées à travers le monde, comme celles organisées à l’Institut de Tokyo ou à l’IFJ de Kobe le 21 mars.

A cette occasion nous avons souhaité revenir sur l’affaire qui a opposé de 2004 à 2009 un groupe de plaignants (voir leur site de soutien) au gouverneur de Tokyo, S. Ishihara, suite à ses violentes diatribes contre la langue française. Bien que l’épilogue de ce feuilleton judiciaire ait eu lieu il y a quelques semaines avec le rejet de la plainte par la Haute Cour de Justice, nous avons voulu reparler de l’affaire avec Malik Berkane, directeur d’une école de langue à Tokyo, qui est à l’origine des poursuites.

M. Berkane, pourriez-vous en quelques mots nous résumer l’origine de l’affaire qui vous a opposé au gouverneur de Tokyo ?

J’ai eu entre mes mains un pamphlet que des professeurs de l’ex-université municipale de Tokyo avaient rédigé et adressé au service culturel de l’ambassade de France à Tokyo, et dans ce pamphlet, ils reproduisaient les inepties du maire de Tokyo concernant la langue française. C’est de là que j’ai décidé dans un premier temps d’envoyer une lettre au maire de Tokyo pour lui demander sur quoi était basé sa déclaration sur notre langue, mais cette lettre est restée sans réponse. Devant l’immobilisme de notre représentation diplomatique qui n’a même pas daigné répondre au pamphlet mentionné ci dessus, j’ai pris la décision d’entamer une procédure judiciaire.

Sur quelles bases juridiques du droit japonais avez-vous fondées votre plainte ?

Sur la diffamation. Il y a eu au Japon ces dernières années des cas un peu similaires aux nôtres qui ont fait jurisprudence.

Pensez-vous que les propos de M. Ishihara ont eu un impact négatif sur l’image de la langue française au Japon ? Et en a-t-il découlé un préjudice financier pour les écoles de langue comme la votre par exemple ?

Il est difficile d’évaluer avec précision si oui ou non nous avons perdu des étudiants à cause de ces déclarations publiques, mais ce qui est certain, c’est que d’aucune façon ce genre de propos ne peut contribuer favorablement au rayonnement de notre langue et de notre pays au Japon.

Pendant votre procès, avez-vous été en contact avec les autorités françaises ? Et quelles furent leurs réactions ?

Oh oui ! Leur réaction a été d’opter pour la politique de l’autruche. Ce qui m’a été dit à plusieurs reprises, c’est que M. Ishihara était un amoureux déçu de la France, mais qu’il ne pensait pas vraiment ce qu’il disait et que de toute façon c’était un partenaire économique privilégié et qu’à ce titre, l’ambassade ne pouvait en aucun cas se permettre d’engager une polémique qui risquerait de nuire aux intérêts de la France et plus particulièrement à ceux du Lycée Franco-Japonais.

Selon M. Ishihara, l’ambassadeur de France lui aurait confié : « Vous avez tout à fait raison (...). J’ai moi-même des difficultés à compter en français. » Avez-vous eu confirmation de tels propos ? Et comment avez vous réagi ?

Je ne pense pas qu’il ait dit qu’il avait des difficultés à compter en français. (NDLR : Ce sont pourtant les propos que cite l'AFP dans une dépeche du 13 février 2008) Ishihara a déclaré devant des caméras de télé et après que nous avons été déboutés lors du premier procès que l’ambassadeur qu’il connaissait personnellement très bien était tout à fait d’accord avec ses propos concernant la langue française. Quand je me suis adressé à l’ambassade le lendemain pour confirmation, on m’a répondu que le rôle de l’ambassade n’était pas de faire des commentaires sur les déclarations des élus japonais.

Sur un plan personnel, avez-vous tiré un enseignement particulier d’une telle histoire ?

Tout ceci est malheureusement venu confirmer ce que je savais déjà au sujet de ces personnes qui représentent notre pays au Japon. Ce sont des irresponsables qui ne veulent prendre aucune décision qui pourrait peut-être nuire à leur carrière, et pour la plupart, ils ne sont absolument pas à la hauteur de leurs tâches et de leurs devoirs. C’est d’ailleurs pour cela que ça marche si mal du côté de la langue française. Si l’Etat français cessait du jour au lendemain d’injecter des fonds dans nos Instituts et nos Alliances, pas un seul de ces établissements ne survivrait avec la médiocre gestion de leurs directeurs et des services culturels. Quoi qu’il en soit, j’ai dépensé beaucoup d’argent et de temps dans ce combat et malgré une issue défavorable je garde la tête haute et ce que nous avons fait avec toutes les personnes qui ont soutenu cette action aura peut-être servi à réveiller des consciences. Pour finir, j’aimerais vous dire que les professeurs japonais qui enseignent notre langue dans les universités au Japon se sont sentis affreusement abandonnés par l’ambassade de France et son service culturel.

Entretien réalisé par Alexandre Joly.

07 mars 2009

8 mars : Journée internationale des femmes

Ce dimanche 8 mars aura lieu la Journée internationale des femmes, nous voudrions vous présenter une fête qui connut ses heures de gloires au XXe siècle et qui reste aujourd’hui encore largement célébrée en France, en Europe et en Amérique du nord.

La Journée internationale des femmes a été officiellement reconnue par les Nations Unies en 1977. Le gouvernement français l’a, pour sa part, officiellement adopté en 1982 au début du premier septennat du Président François Mitterrand .

L’origine de la célébration de ce jour est étroitement liée aux revendications des ouvrières à la fois d’un mieux-être social et de l’égalité.
Le 8 mars 1902, les ouvrières d’Amiens, bientôt suivies par d’autres ouvières un peu par-tout en Europe, manifestèrent pour faire valoir leurs droits. Le gouvernement ne tarda pas à prendre contre elles des mesures violentes mais le mouvement pour l’égalité des femmes était né et rien ne pouvait plus le faire disparaître.

En 1910, une confédération internationale des femmes socialistes se tint à Copenhague un 8 mars. C’est là que fut proposée la création d’une journée consacrée aux femmes du monde en-tier. Tout naturellement la date du jour était choisie. Elle ne deviendrait cependant fixe qu’à partir de 1917 lors de la grève des ouvrières de Saint Petersbourg. Le but de ces journées était à l’origine d’obtenir l’accès au vote par les femmes et cela dans tous les pays.

De nos jours, chaque année, le 8 mars, de nombreuses manifestations féminines sont organi-sées sur tous les continents avec, pour revendications, l’amélioration de la condition féminine, l’égalité des droits des hommes et des femmes dans tous les domaines et principalement au niveau de la loi, de la vie politique, des métiers et des salaires. Différents autres événements ont lieu, conférences, ren-contres, colloques, célébrations festives ; la presse écrite, audiovisuelle et multimedia traite en détail de la situation féminine. Depuis le 8 mars 2001, un site web permanent est consacré à cette journée afin d’archiver et de diffuser tout l’historique de la condition des femmes à travers le monde et à travers les époques.

La création d’une « Journée internationale des femmes » a été proposée pour la première fois en 1910, lors de la 2e Conférence internationale des femmes socialistes, par Clara Zetkin (1857-1933), révolutionnaire alle-mande, participante au mouvement spartakiste de Berlin en 1919, députée du Reichstag. Cette journée s’inscrivait alors dans une perspective révolution-naire. Dès 1911, des manifestations étaient organisées en Autriche-Hongrie, au Danemark, en Suisse, en Allemagne, puis les années suivantes en France, aux Pays-Bas, en Russie et en Suède. La date de la célébration n’est tout d’abord pas fixe, et ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg réclamant du pain et le retour de leurs fils ou de leur mari du front (qui eurent pour conséquence la chute du gouvernement, l’abdication du Tsar et la montée en puis-sance du mouvement bolchévik qui prit le pouvoir à l’issue de la Révolution d’Octobre), que la tradition du 8 mars se met définitivement en place.

Le 8 mars 1921, Vladimir Ilich Lénine décrète le 8 mars Journée des femmes en URSS.. En 1924 : La journée est célébrée en Chine. En 1946 : la journée est célébrée dans les pays de l'Est. Le 8 mars 1947, le socia-liste Léon Blum à l’origine du Front Populaire de 1936, de la semaine de 40 heures et des congés payés obligatoires, salue la place importante des femmes dans la Résistance contre l’Ennemi et la Collaboration. A partir de 1971, cette journée est célébrée au Québec.

La reconnaissance des Nations unies

Le 8 mars 1977 marque la reconnaissance des Nations Unies qui officialisent la célébration de cette Journée internationale de la femme.

La Charte des Nations Unies, signée à San Francisco en 1945, avait été le premier instrument international à proclamer l’égalité des sexes en tant que droit fondamental de la personne humaine.

Au fil des ans, l’action menée par l’ONU en faveur de la promotion de la femme a pris quatre orien-tations précises :

. promotion de mesures juridiques;
. mobilisation de l’opinion publique et de l’action internationale;
. formation et recherche, y compris constitution de statistiques ventilées par sexe;
. assistance directe aux groupes de femmes désavantagés.

Aujourd’hui, l’un des principes d’organisation centraux des travaux de l’ONU est qu’aucune solution dura-ble aux problèmes sociaux, économiques et politiques les plus pressants de la société ne puisse être trouvée sans la pleine participation, et la pleine autonomisation, des femmes du monde entier.

L’origine de cette journée s’ancre donc dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes récla-mant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe, à la fin du XIX e et pendant le XXe siècle.

Le 8 mars à Paris...

Le Petit Palais présentera les 7 et 8 mars 2009 un ensemble d’images de femmes au XIXe siècle...
De la femme du peuple, retroussant ses manches, à la déesse sublime, en passant par la célèbre actrice Sarah Bernhardt, muse et amie des artistes ou l’anonyme modèle sur le corps duquel se concentre la recherche picturale d’un Courbet ou d’un Cézanne, cette visite - mise en œuvre par une conférencière - invite à découvrir quelques unes des mille et une facettes de la femme, au cœur de la création artistique du XIXe siècle.

Le Musée Cernuschi organisera une visite sur le thème "La femme à l’époque des Tang".

L’Unesco offrira cette année une série de tables rondes, de conférences, d’expositions et de manifestations culturelles au cours desquelles seront mises en lumière les questions rela-tives à l’autonomisation des femmes et à la promotion de l’égalité et de la parité
Arènes et Stades Paris 18e : A l’occasion de la Journée internationale de la Femme du 8 mars 2009, l’association Arènes et Stades, en partenariat avec les associations et clubs du 18ème arrondissement, organisera au Stade des Fillettes, dans le cadre des ses activités de la course à pied « la Francilienne » une journée " sport au féminin ". Plusieurs matches auront lieu, de football, basket, volley, rugby et de hand ball. Il y aura également une course à pied " la course du 8 mars ", puis la projection du film " Femmes et Sport " et enfin une table ronde " Filles, Sport et Egalité des chances ".

Le 8 mars à Montréal...

À l'occasion de la Journée internationale des femmes, le comité d'action et de coordination des femmes de diverses origines pour le 8 mars présente la manifestation intitulée « Les femmes exigent un nouvel ordre mondial », exprimée dans le slogan lapidaire : « Non à l'impérialisme, l'occupation, la guerre, l'exploitation et la répression ! »
Chaque année, une marche se déroule à travers les rues de Montréal pour célébrer et pour affirmer la solidarité avec les luttes quotidiennes de toutes les femmes, communautés et peuples opprimés.

Le 8 mars sur Arte...

À l’occasion de la Journée de la Femme qui aura lieu le 8 mars, ARTE propose une programmation spéciale sur les femmes et leur place dans la société, du mardi 3 au dimanche 8 mars 2009. Avec notamment six documentaires inédits et deux soirées spéciales :

THEMA « Les femmes sont-elles des hommes politiques comme les autres ?»

Mardi 3 mars 2009 à 20.45 : Dati l’ambitieuse. Documentaire de Taly Jaoui et Antoine Vitkine (2009, 40mn). Née de parents immigrés dans une banlieue pauvre, devenue ministre de la Justice, Rachida Dati est-elle un symbole d’intégration ou un cas particulier ?

Suivi à 21.30 de : Elles veulentchanger le monde. Documentaire de Marissa Cattini, Fabrice Gardel et Cathy Mespoulède (2009, 40mn). La femme est-elle l’avenir de la politique ? Entre débats enthousiastes et éclats de rire, rencontre avec les participantes du Women’s Forum qui s’est tenu à Deauville en octobre dernier.

THEMA « Etre femme »

Dimanche 8 mars 2009 à 22.30 : La lune en elles, un secret trop bien gardé. Documentaire de Diana Fabianova (2008, 80mn). Diana, jeune trentenaire slovaque, s’interroge sur ses règles. Débute ainsi une quête opiniâtre aux racines mêmes de la féminité, un questionnement sur la place de la femme dans nos sociétés. Avec l’intervention d’universitaires, médecins, philosophes et anthropologues.

Le documentaire sera précédé à 20.45 du film « Une affaire de femmes » de Claude Chabrol (1988, 103mn), avec Isabelle Huppert, François Cluzet et Marie Trintignant.

Cette Fête Internationale des Femmes le 8 mars est, à nos yeux, un pas très important pour le pro-grès de l’Humanité dans son avancée vers plus d’humanité.

Olivier Jamet

Vous pouvez retrouver l'article complet ( illustrations, traduction japonaise) sur le site du Club de France de Nara.

13 octobre 2008

Les Européens sont-ils vraiment prêts à mettre en place une défense européenne ?

La lecture d'un article de l'intellectuel néerlandais Ian Buruma, The Wrong Lesson of Munich, (Japan Times du 15 septembre 2008), permet de poser la question de la défense européenne dans des termes qu'on entend peu ou pas en France. Après une démonstration du traumatisme lié aux accords de Munich de 1938, Ian Buruma se demande si les Européens sont prêts et aptes à faire tout ce qu'il faut pour construire une défense européenne commune.

Il y a plusieurs raisons expliquant les difficultés de la mise en place d'une défense européenne commune.
La première raison est le choix de civilisation fait par les Européens. Les Européens s'enorgueillissent souvent de leurs capacités à instaurer des négociations diplomatiques entre adversaires. C'est pour cela que les accords de Münich sont un traumatisme car le jusqu'au boutisme diplomatique n'a en rien évité le pire, au contraire. Les états de l'Union Européenne ont souvent – pas toujours - misé uniquement sur la diplomatie par contrainte (manque de moyens militaires) mais aussi par choix (tout sauf une intervention armée). En cela, les gouvernements des pays membres expriment le sentiment pacifique dominant de leurs opinions publiques respectives surtout depuis la chute du bloc communiste. Comme l'a dit Robert Kagan, les Européens vivent dans un monde post hobbesien. Ils conçoivent le modèle de la construction européenne comme un modèle universel allant de soi. Mourir en faisant la guerre pour des intérêts stratégiques ou pour des idéaux n'est plus vraiment à l'ordre du jour. Il suffit de voir comment est perçue la guerre en Afghanistan.

Mais il y a aussi des raisons liées à l'évolution des puissances européennes depuis 1945.
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les états européens ont pu construire une organisation commune principalement économique garantissant la paix entre eux. La fin des empires coloniaux de certains pays membres, la forte présence militaire américaine en Europe dans le contexte de la guerre froide via l'OTAN, tout cela a conduit à la perte d'importance relative des forces armées des différents pays dans leur budget.
Il faut également ajouter que malgré la coopération entre les états européens n'a pas gommé les différences de vue en matière de politique étrangère. La Suède et L'Espagne n'ont pas souvent les mêmes priorités diplomatiques de par leur histoire, leur poids dans les affaires du monde, leur zone d'influence, etc. Le conflit russo-géorgien a mis en exergue ces différences de vue.

Les Européens critiquent souvent l'unilatéralisme américain et l'usage un peu trop facile de la force militaire par les Etats-Unis. Ils en sont partiellement responsables. L'Union Européenne a vu ses états membres réduire considérablement leur budget de la défense. De fait, les pays européens ont souvent dû faire appel à leur allié américain en cas de crise grave sur leur continent : guerre en ex-Yougoslavie, crise des missiles lors de la guerre froide, etc. Le comportement des Européens est très contradictoire : volonté d'indépendance politique, idée de défendre la paix dans le monde, envie d'être une alternative à la puissance américaine. Mais dans le même temps, ils ne se donnent pas les moyens militaires et diplomatiques de leurs actions et ils appellent au secours le grand frère américain certes un peu rustre mais très utile quand il faut user de la force !

Si les Européens veulent vraiment peser sur la scène internationale et s'ils veulent vraiment se confronter au monde extérieur, il faudra qu'ils se remettent en cause et acceptent d'augmenter les budgets des ministères de la défense, de s'organiser au niveau de la chaîne de commandement, de mieux coordonner leurs forces armées et, surtout, ils devront accepter que l'usage de la force est parfois inévitable. Un Français ou un Allemand peut-il accepter de combattre pour ses voisins Baltes ou autres ? Peut-il comprendre que l'usage de l'outil militaire est parfois nécessaire ? Ce sont questions auxquelles il faudra rapidement répondre si l'on veut construire une véritable défense européenne.

 

Hervé Tisserand.

La Puissance et la Faiblesse. Les États-Unis et l’Europe dans le nouvel ordre mondial de Robert Kagan, 2003. Editions Plon

The Wrong Lesson of Munich de Ian Buruma.

Une défense européenne essoufflée, par Laurent Zecchini, Le Monde du 01.10.08.

29 septembre 2008

Crise à New York, champagne à Tokyo

C’est bien connu :  « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». C’est d’autant plus vrai dans le monde économique où les poissons les plus faibles ont toujours eu vocation à être dévoré tout cru par les requins  de la finance. La crise dite des subprime qui affecte nombre d’établissements financiers depuis plus d’un an ne déroge pas à la règle.

 

Avec un peu de cynisme, nous aurions pu parler de cet alibi fabuleux que fournit la crise au  Président Sarkozy qui peut ainsi justifier, ou plutôt cacher, l’échec complet de sa politique économique  (si tant est qu’il en ait une !) qui mène inexorablement le pays au bord du marasme alors que la France est paradoxalement un des pays les moins touché par la crise. Les banques françaises feront en effet cette année encore des bénéfices substantiels.

 

Plus que résister face à la tempête, certaines institutions financières ont en effet su profiter des déboires de leurs concurrentes  anglo-saxonnes pour s’accroître. Et à ce petit jeu, ce sont des holding japonaises qui semblent avoir remporté le gros lot.

 

Depuis une semaine on assiste ainsi à un nombre impressionnant d’acquisition et de rachat.

 

Le 22 septembre on apprenait que Nomura, une des principales maison de courtage du Japon rachetait l’ensemble des activités de Lehman’s Brother en Asie et en Océanie avec ses 3 000 employés pour 225 millions de dollar.

Deux jours plus tard, c’étaient les activités de Lehman’s Brother au Moyen-orient et en Europe (2 500 employés dans 20 bureaux) qui étaient rachetés pour… 2 dollar.

Kenichi Watanabe, l’un des dirigeants de Nomura qualifia ces acquisitions d’exceptionnelles car permettant à son groupe "d’étendre son empreinte sur l’Europe ainsi que sa portée internationale » concluant que c’est « une opportunité comme on en a une par génération ».

Dans la foulée le titre prenait 9,58% à la bourse de Tokyo.

 

Dans le même temps, on apprenait lundi 22 septembre que la Mitsubishi UFJ rachetait jusqu’à 20% des actions de la deuxième maison de courtage américaine Morgan Stanley pour plus de 8 milliard de dollar. Puis le 29 septembre elle acquérait 29,8% de UnionBanCal Corp avec l’ambition de faire de la principale banque californienne une de ses filiales.

Enfin la Mizuho quant à elle achetait pour 1,2 milliard de dollar  des actions émises par Merril Lynch en janvier et qui a dû fusionner avec la Bank of America  pour éviter la faillite. Cette acquisition de titre par les Japonais a été présenté comme un simple renforcement de lien entre les deux établissements. La banque nippone souhaitant profiter des dividendes et d’une éventuelle plus value lors de la revente des titres prévue en 2010.

 

Les institutions financières japonaises sont en bonne santé. Et si elles sont si puissantes, c’est principalement le résultat de la politique gouvernementale d’assainissement et de concentration qui eût lieu dans l’archipel de 2001 à 2006. C’est notamment grâce à cette politique qu’est née la Mitsubishi UFJ Bank, deuxième plus grosse banque en avoir avec 1 700 milliard de dollar, derrière Citigroup. Elle a été fondée en octobre 2005 de la fusion de la Bank of Tokyo Mitsubishi et de la UFJ Bank. Cette dernière étant elle-même le résultat du regroupement de trois banques  en 2002, les Sanwa Bank, Tokai Bank, et Toyo Trust and Banking.

 

Contrairement à ce que disent George W. Bush ou Nicolas Sarkozy, tout ne va donc pas si mal. C’est juste une question de latitude. C’est aussi et surtout une question de politique économique.

 

Barrak Obama, avec d’autres, l’a bien compris, lui qui n’a pas hésité à désigner la politique de dérégulation des marchés opérée pendant 8 ans par l’administration Bush comme responsable des maux actuels. De même qu’on peut voir dans l’offensive financière nippone le résultat de la politique de Junichiro Koizumi qui entre 2001 et 2006 a assaini de façon drastique le milieu bancaire japonais qui souffrait des mêmes maux que ceux des Etats-Unis.

 

Ainsi, pas plus que la crise financière américaine ou que la bonne santé des banques japonaises, la faible croissance française et la morosité de son économie ne sont des phénomènes sans causes. Ils sont le fruit d’une politique. Et les premiers responsables de ses résultats sont ceux qui ont conduit cette politique.

 

Alexandre Joly.

 

 

 

07 septembre 2008

Kazuya Ito, l’Afghanistan et l’engagement français

Kazuya Ito avait 31 ans et était japonais. Son corps a été retrouvé mercredi 27 août dans l’est de l’Afghanistan. Mort, criblé de balles. Son crime ? Avoir été agronome et travailler depuis 2003 pour une association japonaise, Peshawar Kai. Sa mission était d’aider les paysans afghans à faire pousser patates douces et riz en lieu et place du pavot, en organisant l’irrigation de terres arides. Et c’est en se rendant sur le site d'un projet d'irrigation, dans la province de Nangarhar qu’il a été enlevé le mardi 26, 24 heures avant son assassinat.

Ainsi,au moment où la France pleure 10 de ses soldats morts dans une embuscade et s’interroge sur sa présence dans un conflit à des milliers de kilomètres de la métropole, le Japon en fait de même autour de son travailleur humanitaire. Et ce alors qu’à Tokyo des négociations doivent s’engager entre le futur gouvernement * et l’opposition sur le renouvellement de la loi annuelle de déploiement de la force de soutien aux troupes terrestres en Afghanistan qui opère dans l’Océan Indien, et qu’à Paris l’Assemblée nationale en fera de même le 22 septembre.

Dans cette optique, le meurtre de Kazuya Ito a naturellement servi d’arguments au gouvernement nippon. Ainsi, Nobutaka Machimura, le Secrétaire du Chef de Cabinet et numéro 2 du gouvernement, lors de la conférence de presse annonçant la mort de l’humanitaire, estimait « que maintenant plus que jamais, le public japonais a senti l’importance de l’obligation d’être activement engagé dans la lutte contre le terrorisme à cause du sacrifice de précieuses vies ». Défendant la position japonaise depuis 2003.

Si l’instrumentalisation de la mort d’un travailleur humanitaire, comme de celles de 10 soldats, dans un débat portant sur un engagement militaire peut paraître malsaine, elle en est pour autant inévitable. D’autant plus inévitable qu’elle est ici symbolique de la nature du combat mené.

Kazuya Ito n’était le bras armé d’aucune puissance occupante, il était un humanitaire qui avait découvert la souffrance du peuple afghan et qui s’était depuis voué à l’aider. L’association pour laquelle il oeuvrait n’était l’instrument d’aucune politique gouvernementale, ni japonaise, ni américaine. Au contraire, ses fondateurs sont des proches du docteur Tetsu Nakamura qui depuis 1984 soigne les réfugiés aux confins du Pakistan et de l’Afghanistan et qui est connu pour s’être opposé à l’intervention américaine en 2001.

Comme l’écrivait le Yomiuri Shinbun dans son éditorial du 29 août, Kazuya Ito n’était porteur d’aucune idéologie de conquête, « travaillant dur, s’intégrant à la communauté locale, ayant construit de fortes relations de confiance avec la population ». Mais comme pour les 25 autres travailleurs humanitaires tués depuis le début de l’année, ces valeurs représentaient une menace pour les Talibans. Le développement de l’Afghanistan n’ayant jamais fait parti de leur projet politique.

Alors que faire ?

Au Japon dans le parti au pouvoir, comme aux Etats-Unis chez les Républicains ou en France dans la bouche de nombreux députés de l’UMP, le maître mot est depuis 2001 : « Guerre contre le Terrorisme ». Idéologie qui est le degré zéro de la géopolitique, confondant la méthode et l’objectif, pratiquant l’amalgame et l’approximation. Idéologie d’autant plus dangereuse qu’elle se rend incapable d’identifier clairement l’ennemi qu’elle disperse les moyens et rend toute stratégie efficace impossible. Il est donc inquiétant de voir cette expression resurgir sous la plume du ministre de la Défense.

Qui plus est une telle définition ne peut justifier le déploiement dans un pays d’une coalition de 40 pays, 75 000 hommes, d’une aviation et de plusieurs groupes aéronavals. Tout le monde sait que le contre terrorisme est affaire de renseignement et de subtilité. Mais doit-on, peut-on, pour autant rester passif et laisser l'Afghanistan à son propre sort ?

Les arguments des partisans d'un retrait de toutes les forces "alliées" sont connus : guerre pour les intérêts de l'Oncle Sam (oubliant en cela la légalité et le soutien des Nations Unis à ce conflit), guerre d'occupation contre les Afghans (omettant leur expression démocratique et le fait que de nombreux Talibans soient étrangers), bourbier et donc guerre impossible à gagner....

Non, car cette guerre est en fait, sommes toutes assez classique. Elle se fait contre une entité politico-militaire claire (les Talibans, soutenus sporadiquement par quelques nationalistes et chef de guerre pashtounes), leur idéologie (une conception nihiliste du Jihad) dans un cadre géographique restreint. Or les Talibans et leur idéologie portés au pouvoir ont montré de 1996 à 2001 leur dangerosité pour la stabilité de la région et au-delà pour l’Afrique, l’Asie centrale, jusqu’à New-York. Un retour des Talibans, c’est l’assurance d’un embrasement des pays voisins (dont la Chine avec le Xinjiang et le Pakistan nouvellement démocratique, deux puissances nucléaires), mais aussi d’une relance des réseaux jihadistes en Europe ou leur renforcement en Afrique. Alors, si nous n’appuyons pas les propos présidentiels quand il dit à Kaboul le 20 août « que ici se joue une partie de la liberté du monde » on admettra que le monde vivra beaucoup plus en sécurité avec un Afghanistan sans Taliban.

Argument qu’il est aujourd’hui difficile de contredire pour les partisans européens comme japonais d’un retrait des troupes. Opposé à la mission japonaise dans l’Océan Indien, le Asahi Shinbun s’est retrouvé embarrassé dans son éditorial du 29 août, se contentant de réclamer « un retrait temporaire de tous les personnels des régions instables » ajoutant que le Japon devait « comme nation, surmonter son chagrin et continuer à être actif. » sans appeler, ni à la reconduite, ni à l’annulation de la mission japonaise, une première. Car la position devient intenable pour les partisans, au Japon comme en France, d’un retrait au soutien militaire.

Contester la présence militaire étrangère, c’est vouloir laisser les Talibans reprendre le pouvoir à Kaboul, avec le cortège d’horreurs qu’on a déjà connu comme l’ont rappelé B. Kouchner et H. Morin dans leur tribune paru dans Le Monde du 29 août. De 1996 à 2001, «la dignité de la femme y était bafouée, les droits de l'homme inexistants, l'obscurantisme et la terreur omniprésents. Sous ce régime, les femmes n'étaient ni scolarisées ni soignées, les opposants étaient pendus dans les stades, la culture et la civilisation du pays reniées. ».

Cette guerre, elle est donc menée à la fois pour éviter un accroissement de l’instabilité mondial, mais aussi et surtout au nom d’une certaine idée du genre humain.

C’est pour cela que si avec François Bayrou nous pensons que la stratégie engagée, axée sur un effort tant militaire qu’économique, social et politique est bonne, si nous soutenons l’engagement français et pensons qu’il doit être consolidé et renforcé, nous estimons qu’il nous faut aussi, en tant que démocrates, exiger l’exemplarité dans la façon de mener cette guerre. L’exemplarité c’est pour le gouvernement et l’Etat Major s’imposer une plus grande transparence dans la gestion stratégique et tactique du conflit, accepter la critique, rendre des comptes. C’est aussi pour la diplomatie française négocier, avec l’aide des autres Européens, notre plus forte présence sur le terrain en exigeant des Américains que cessent les bombardements hasardeux de villages, la mort de civils, les emprisonnements arbitraires, l’impunité face aux détournements des aides qui in fine affaiblissent la légitimité de l’intervention et sont totalement contre productif puisque façonnent les adversaires de demain.

Alexandre Joly.

* Le cabinet Fukuda a démissionné le premier septembre mais il gère les affaires courantes en l'attente de l'élection d'un nouveau président à la tête du parti majoritaire prévu à la fin du mois. L'élu deviendra alors le nouveau chef du gouvernement.

25 mai 2008

Liban : leçon de diplomatie à Doha

Ce dimanche, le coeur de Beyrouth va retrouver son calme politique , sa ferveur commerciale et le Liban élire un nouveau président. Après plus de 18 mois d'un bras de fer politique dont les violences meurtrières de la semaine dernière furent l'aboutissement, l'opposition et la coalition au pouvoir, sous la houlette de parrains régionaux, sont parvenus à un accord qui permet de sortir le pays de l'impasse politique dans laquelle il était plongé.

Il n'est pas question ici de faire une analyse des conséquences libano-libanaises de cet heureux dénouement , mais de s'interroger quant au fond et la forme de l'engagement ainsi que sur les résultats obtenus par chacune des puissances agissant au pays du Cédre. Et tout particulièrement les Etats-Unis et la France.

Car si, à Paris, le Président Sarkozy s'est dit "particulièrement heureux de l'accord intervenu (...) à Doha entre les représentants des principales forces politiques libanaises, conclu sous l'égide du Qatar et de la ligue arabe" faisant écho aux propos de Condolezza Rice, le résultat est en fait un terrible échec de la politique américano-française et un désaveu criant de leur méthode.

Echec, voir défaite, car le grand vainqueur de la crise est incontestablement l'opposition et plus spécialement le Hezbollah. Non seulement le parti est parvenu à faire annuler les 2 dispositions du gouvernement qui sont à l'origine des violences (limogeage du chef de la Sécurité de l'aéroport de Beyrouth, gel du développement des réseaux de téléphonie interne au parti) mais il est aussi parvenu à imposer ses vues quand au règlement de la crise que vit le pays depuis Novembre 2006 : le cabinet Siniora va tomber, l'opposition va intégrer le nouveau gouvernement avec une minorité de blocage et un candidat de consensus va être élu président.

C'est donc un revers patent pour les Etats-Unis et la France qui n'ont eu de cesse de clamer leur soutien inconditionnel à la majorité au pouvoir et de dénoncer le Hezbollah et l'opposition comme forces anticonstitutionnelles et au service de puissances étrangères qu'il faudrait affaiblir et écarter de la vie politique libanaise.

Mais cet échec vient aussi sanctionner un réalité : l'affaiblissement de la France au Liban.

La France, qui a toujours eu un rôle majeur au Liban, ou tout au moins était un interlocuteur particulier pour les différentes parties, a perdu son statut depuis plus de deux ans quand elle a choisi de s'aligner sur les positions américaines et saoudiennes concernant le Proche-Orient. A l'initiative de Jacques Chirac, la France s'était débarrassée de ses habits de conciliateur et de modérateur pour celui de partie prenante et partiale. Suivant l'administration Bush, elle a soutenu vaille que vaille le cabinet Siniora et la majorité rassemblée autour du Courant du Futur de la famille Hariri. Nicolas Sarkozy, une fois parvenu au pouvoir a poursuivi cette politique qui avait l'avantage d'être en parfaite harmonie avec sa position atlantiste et sa volonté de se rapprocher encore un peu plus des Etats-Unis..

Cet alignement sur les vues américaines s'est aussi doublée de la mise en application des méthodes U.S, à savoir le refus de tout contact avec des membres de l'un des 2 camps. Contrairement à la diplomatie qatari qui a fait la navette entre toutes les parties. C'est par cette volonté d'ignorer ses « ennemis » qu'il faut expliquer l'échec des missions de Bernard Kouchner, qui pendant plus de 6 mois a tenté vainement de réconcilier les différentes factions libanaises et qui s'est vu, selon le journal libanais L'Orient-Le Jour du 24 mai, être pendant cette période « roulé dans la farine par les Libanais, ou du moins par une partie d'entre eux ».

Car l'exercice était bien évidemment voué à l'échec. En effet, comment prétendre vouloir trouver un accord juste et équitable, et comment passer pour un interlocuteur honnête quand on se range si clairement dans un camp ? Enfin, comment pouvait-on espérer parvenir à un accord en s'abstenant de rencontrer le Hezbollah, ou en ignorant la Syrie et l'Iran ?

Les relations avec ces deux pays, et notamment la Syrie, parlons-en justement. Grand écart, pour ne pas dire incapacité à choisir une ligne claire entre l'alignement sur la position frontale américaine et la nécessaire prise en compte de la réalité du terrain, plus conforme à la tradition diplomatique française, les décisions du «président Nicolas Sarkozy de renouer les contacts « de haut niveau » avec la Syrie, avant de les suspendre de nouveau à la fin de l’année, prise sans coordination avec le ministre des Affaires étrangères, a provoqué « un dysfonctionnement de la diplomatie française », selon Antoine Basbous que cite le journal libanais.

Dysfonctionnement basé sur une ineptie, pour ne pas dire une « abracadabrantesque » conception de la diplomatie : le refus d'avoir des contacts avec ses « ennemis ». Suivant ainsi l'idée répendue chez les conservateurs (plus ou moins « néo ») ou les « faucons » des pays occidentaux, selon laquelle une démocratie doit choisir ses interlocuteurs, Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy ont refusé d'avoir des contacts directs avec des partis politiques tel que le Hamas ou le Hezbollah, quand ce ne sont pas avec des pays, comme la Syrie.

Cette conception moralisatrice est soit le fruit d'une hypocrite et criminelle conception des relations internationales, pour laquelle les conflits ne peuvent se régler que sur le champ de bataille, avec anéantissement de l'un des protagonistes, soit le fruit d'une irresponsable naïveté et d'une grande méconnaissance de la chose diplomatique. Car qu'est-ce que la diplomatie, sinon la rencontre de puissances différentes, opposées et parfois ennemies qui cherchent à régler un conflit autrement que par la destruction de l'une des parties ?

Hubert Védrine a parfaitement résumé cela lors d'un « chat » avec des lecteurs du journal Le Monde le 20 mai en rappelant « que la diplomatie a été inventée à l'aube de l'histoire pour traiter les problèmes autrement que par la guerre.  La diplomatie ne consiste pas à se réunir avec des amis dont on partage les valeurs et à se congratuler, la diplomatie peut consister à parler avec des dirigeants ou des régimes qu'on estime horribles et dont on rejette catégoriquement toutes les valeurs, et il en a toujours été ainsi. »

Avec la fumeuse « guerre au terrorisme », la diabolisation de ses adversaires/opposants a pour objectif de réduire au maximum la grille de lecture des problèmes internationaux, pour la résumer à un affrontement binaire du bien contre le mal, notre camp contre le leur, et dans lequel seule la mise à mort de son adversaire peut résoudre le problème. Ce paradigme n'a malheureusement pour conséquence que la perpétuation des conflits et le développement d'états de guerre plus ou moins chaud.

Aux Etats-Unis, le sénateur et candidat Barrack Obama a clairement opté pour l'abandon de cette ligne et pour l'adoption d'une politique réaliste. Espérons que s'il est élu, par suivisme, la politique extérieure de Nicolas Sarkozy s'en verra elle même changée. Et l'image de la France de redorer dans un Liban en paix.

Alexandre Joly

07 mai 2008

Nous et la Chine

Il serait plus que temps de se poser des questions concernant nos relations et celles des pays démocratiques avec la Chine.
La question tibétaine est revenue sur le devant de l'actualité, les jeux olympiques de Pékin auront lieu dans moins de cent jours, la politique étrangère de la Chine que ce soit en Afrique (Soudan, Zimbabwee, etc) ou en Asie (Birmanie, Iran, Corée du Nord, etc) pose question. A cela s'ajoute le poids économique toujours plus grand de ce pays et le fait que la Chine a été et est toujours un centre culturel et historique d'importance. Ce pays a beaucoup influencé l'histoire de l'humanité ce qu'il va sans doute continuer à faire.
 
 
La question des jeux olympiques.

Beaucoup de gens ne souhaitent pas un véritable boycott des jeux olympiques en arguant d'une invraisemblable séparation entre sport et politique. Plusieurs points s'opposent à une telle attitude.
Tout d'abord, le Comité International Olympique s'enorgueillit de promouvoir les valeurs de l'olympisme moderne (fraternité des hommes quelque soit leur origine, respect de la condition humaine, etc) et mit même clairement en avant de la défense des droits de l'homme lors du choix de Pékin en 2002. Ce sont des valeurs politiques et non des valeurs propres au sport. De plus, et paradoxalement, le comité olympique arrive trop souvent et trop facilement à faire abstraction de la situation politique de certains pays choisis pour organiser les jeux. Les exemples sont nombreux et les plus marquants sont Berlin en 1936, Mexico en 1968, Moscou en 1980 et maintenant Pékin. Tout le monde sait bien que les pays organisateurs essaient toujours d'utiliser l'organisation des jeux comme une vitrine de leur modèle social et économique. C'est d'autant plus vrai et important pour les pays peu ou pas du tout démocratiques. Les enjeux financiers sont énormes et les multinationales qui sponsorisent les jeux olympiques feront tout ce qu'elles peuvent pour éviter un boycott des jeux par les nations mais aussi par les sportifs sur lesquels elles ont une grande emprise. Il y a donc une alliance objective entre les pays organisateurs et les sponsors.
Reste que le problème de l'organisation de cet évènement en Chine n'est qu'un problème ponctuel alors que d'autres questions ayant des répercussions plus profondes se posent à nous.
 

La Chine comme partenaire économique

Beaucoup d'entreprises européennes, américaines, japonaises, etc ont choisi de délocaliser une partie de leurs chaînes de montage et d'assemblage en Chine. Les raisons sont connues : faiblesse des coûts de production (bas salaires, loyers peu chers, etc) et présence sur un marché à fort potentiel. Tout cela a été encouragé par la politique économique du gouvernement chinois qui a tout fait pour attirer les investisseurs étrangers. Dans un contexte de libre-échange, il est normal que les entreprises cherchent à être présente partout tout en cherchant à rentabiliser au maximum leurs investissements. Cela a bien évidemment profité à d'autres pays que la Chine. Mais ce qui est frappant dans le cas chinois est la frénésie de ces investissements et le manque de vision à moyen et long terme de ces entreprises. Certes, ces dernières en profitent beaucoup maintenant mais ne se sont-elles pas tirées une balle dans le pied ? Le système économique fait que la Chine a acquis d'énormes capacités financières qui nous rendent de plus en plus dépendant d'elle. Les Chinois sont également en train de rattraper leur retard technologique à grands pas grâce aux transferts volontaires et involontaires de technologies. De plus, la concentration sans précédent de certaines productions dans ce pays est anormale et économiquement dangereuse ; c'est par exemple le cas des jouets. A cela s'ajoute que le niveau de qualité des composants et de la fabrication est souvent moyen voire médiocre. Certains experts et certains responsables politiques et économiques affirment que les pays économiquement développés conserveront une bonne avance technologique et une capacité d'innovation supérieure à des pays tels que la Chine ou l'inde. Ce raisonnement ne tient pas. Un pays peut rattraper son retard beaucoup plus rapidement que dans le passé. La Corée du sud et Taïwan commencent déjà à égaler les capacités d'innovations technologiques du Japon dans certains secteurs électroniques ! Pourquoi la Chine n'en serait-elle pas capable ?
Il faudrait éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier et avoir une vision à long terme des effets d'une délocalisation importante de nos capacités de production. En favorisant trop la Chine ou un autre pays, les pays développés rétrograderont.
 
 
La Chine dans le concert des nations

En tant que puissance nucléaire, économique et démographique, la Chine est bien évidemment une pièce importante et incontournable de l'échiquier mondial. Les Etats-Unis semblent s'en être rendus compte au contraire des Européens. De par ses besoins en terme de matières premières (pétrole, métaux, gaz, etc), la Chine cherche à s'assurer des routes d'approvionnement sûres. Cela explique en partie la présence de plus en plus importante de ce pays en Afrique et et en Asie mais aussi ses tentatives, encore timides, en direction de l'amérique du sud. Le problème se posera également bientôt avec l'Inde et le Brésil.
Cependant, l'économie n'est pas la seule explication de cette "mondialisation de la Chine". Il y aussi des raisons politiques. L'économie chinoise s'est en partie libéralisée mais le système politique n'a pas suivi le même chemin. Ce qui se passe au Tibet mais aussi avec les Ouïgours montre bien que le régime chinois utilise le nationalisme comme un instrument de pouvoir. Il suffit d'entendre et de lire les slogans des manifestants déclarant que le Tibet fait et fera toujours partie de la Chine. Penser que le développement économique va améliorer les choses, c'est faire preuve de beaucoup d'optimisme voire de naïveté. A la différence de l'Union Soviétique, la Chine commence à avoir une puissance économique telle que le pouvoir ne sera sans doute pas immédiatement menacé par son opinion publique puisqu'il pourra satisfaire les besoins basiques de sa population. Ce pays développe et modernise également son armée afin de pouvoir contrer l'influence américaine jusque sur les océans (cf. la construction d'une immense base navale de Sanya à Haïnan 1). Cela doit lui permettre de protéger ses routes commerciales et de faire pression sur ses voisins avec lesquels il y a nombre de contentieux frontaliers agravés par la présence de matières premières et de sources d'énergie (2).
A tout cela, il faut ajouter un aspect culturel : la volonté de la Chine de retrouver son statut de première puissance du monde. Certes, ce n'est pas une particularité chinoise. Les Américains, les Russes et même les Français (sur un plan plus moral) veulent être les phares de l'humanité. Le problème est le contenu idéologique qui soutient une telle volonté. Le système politique chinois étant ce qu'il est, on peut plus que douter de ses bienfaits pour le monde.

Il est donc important de d'entretenir des relations avec la République populaire de Chine mais il faut aussi savoir s'opposer à elle quand cela est nécessaire. On le fait bien avec d'autres grandes puissances comme les Etats-Unis. Ce que messieurs Raffarin et Poncelet ont récemment fait ressemble plus à une pantalonnade qu'à une véritable mission diplomatique. Les pays occidentaux doivent comprendre la spécificité de la Chine et traiter avec elle d'égal à égal sans renoncer à leurs principes. Il en va de même pour nos relations avec la Russie. Le relativisme culturel trop poussé encourage à tout accepter même l'inacceptable. Quant à nos décideurs économiques, ils devraient éviter de ne s'intéresser qu'au court terme.
 
 
Hervé Tisserand 

07 août 2007

Liban : auto-censure française

 Il est parfois dans l'information des absences qui valent toutes les analyses du monde. Ce lundi soir, aucun des journaux télévisés de TF1 ou France 2 n'ont parlé des résultats des élections partielles qui se sont déroulées au Liban ce dimanche. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir ignoré l'existence de ces scrutins, puisque le dimanche soir des reportages leur étaient consacrés.

Ces mêmes résultats n'ont été relégués dans les journaux en ligne du Figaro et du Monde que dans les sous-catégories relatives, et non comme le jour des élections, dans les gros titres.

Pourquoi ce soudain désintérêt pour le Liban, pourtant sujet chéri des journaux français depuis 30 ans ? Pourquoi avoir donc relégué une information pourtant importante dans une région où la France tente de jouer un rôle majeure ? Pourquoi...

 Peut-être parce que les résultats n'ont non seulement pas été ceux espérés par les médias et la diplomatie française, ceux pour lesquels cette dernière oeuvre, mais aussi et surtout parce que ces résultats ont présenté une facette plus complexe du monde en général et du Proche-Orient en particulier que nos médias « occidentaux » n'aimeraient les voir. Ainsi, c'est un camouflet diplomatique que la France a pris dimanche soir, et ce fût une leçon de géopolitique pour les analystes et journalistes.

 *

Dimanche soir dans la circonscription du Metn-Nord, la région au nord de Beyrouth, le candidat de la majorité au pouvoir, l'ancien président Amine Gemayel, père de Pierre Gemayel, précédent député de la circonscription, mort assassiné en novembre 2006, a été battu par le candidat de l'opposition, un illustre inconnu du nom de Camille Khoury, membre du C.P.L de Michel Aoun. Cette victoire qui s'est jouée à 400 voix près, pour plus de 70 000 votants sur plus de 140 000 électeurs inscrits, a bien sûr des conséquences pour les Libanais, mais elle en aura aussi sur la façon dont la France devra conduire sa politique au Liban.

 La France soutient inconditionnellement, avec les Etats-Unis, l'Arabie-Saoudite et l'Europe, la majorité au pouvoir : une coalition composée du Courant du Futur de Saad Hariri, du P.S.P druze de W. Joumblatt et de partis chrétiens comme les Kataebs ou les Forces Libanaises. En face d'elle, l'opposition dont les fractions principales sont le Hezbollah, Amal et, récemment rallié, le Courant Patriotique du Liban de M. Aoun.

 Dans le petit monde médiatico-politique occidental, la chose est entendue : il faut soutenir les « bons » démocrates de la majorité contre les « méchants » auxiliaires de la Syrie qui sont dans l'opposition. Mais voilà, les choses sont plus complexes et face à cette complexité, on a préféré l'aveuglement, la facilité et plus grave pour les Libanais le parti-pris intéressé au détriment de la pluralité et de l'originalité libanaise. Or, les résultats de dimanche ont donné une autre image de la réalité de ce pays. Dans un processus démocratique, les Libanais d'une circonscription pourtant majoritairement chrétienne, mais où de nombreuses communautés religieuse cohabitent, ont choisi l'opposition.

 Ou plus précisément le candidat d'un parti qui fait de l'indépendance, de la déconfessionalisation et surtout de la « déféodalisation » du Liban son cheval de bataille, d'un parti dont le chef est le seul qui durant toutes les années du conflit de 1975 à 1990 n'a jamais composé avec l'occupant syrien et que nos médias présentent cependant aujourd'hui comme sa marionnette, allié du diable hezbollahi.

Mais combien en France et aux Etats-Unis ont lu la plate-forme de travail proposé par le C.P.L et signé par le Hezbollah ? Qui en Occident a lu les demandes de réforme constitutionnelle, vrais propositions de déconfessionnalisation du pays ? Qui s'est intéressé aux propositions d'amélioration du système électoral visant à défaire ces fiefs ancestraux sur lesquels s'appuient une partie de la majorité et qui alimente pourtant la corruption ?... Presque personne chez nous, mais au moins 35 000 au Liban. Et c'est bien là le principal.

Reste à savoir combien de temps cette réalité démocratique naissante va-t-elle tenir ? L'aveuglement comme les intérêts divergents font que les puissances régionales ou mondiales soufflent sur les braises libanaises encore chaudes, au risque de rallumer un incendie.

Et, si les médias français se sont abstenus de tout commentaire c'est parce qu'aujourd'hui les électeurs du Metn-Nord nous ont donné une leçon de démocratie.

 

Alexandre Joly.

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