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03 juin 2007

Où en est l'économie japonaise ?

Après une longue période de stagnation, l'économie japonaise a redémarré sans pour autant atteindre des sommets. La croissance a cependant été de 2,2% pour l'année 2006. Cette croissance repose essentiellement sur trois facteurs :
  • La consommation des ménages. Le demande intérieure se maintient et progresse même un peu (+ 0,9% pour le premier trimestre 2007 par rapport au trimestre précédent).

  • les investissements des entreprises mais ces derniers ont reculé de 0,9% au premier trimestre 2007.

  • es exportations qui se portent bien : + 3,3% au premier trimestre 2007.

A cela, il faut ajouter la baisse du chômage dont le taux s'établit à 4%, chiffre le plus bas depuis 5 ans (5,5% en 2002)

Voilà pour les chiffres généraux de l'économie nipponne. On peut donc considérer que l'activité économique se porte mieux dans l'archipel. En fait, ces chiffres cachent des données beaucoup moins reluisantes.

Si la consommation reste forte, c'est surtout dû au fait que les Japonais ont choisi de consommer des produits bon marchés au détriment des produits haut de gamme. Ainsi, les ventes des grands magasins (デパート) tels que Sogo, Daimaru, Isetan, etc diminuent d'années en années d'où la multiplication des périodes de soldes de ces grandes enseignes. Le nombre de magasins bons marchés a fortement augmenté et s'il faut donner un exemple, je choisirai celui de Uniqlo, une chaîne de magasins de vêtements peu onéreux et présente partout au Japon.

Concernant les exportations, il n'y a pas de doute que ce secteur reste un point fort de l'économie japonaise mais les revenus générés par les exportations sont en grande partie avalés par les dépenses énergétiques. Le Japon est très dépendant de l'extérieur et doit importer énormément de matières premières et de sources d'énergie. Le volume de ces importations, la faiblesse du yen par rapport au dollar et le cours du pétrole relativement élevé jouent contre l'économie nipponne.

Quand une économie connaît des difficultés, l'emploi est souvent le domaine qui est le premier à en souffrir. Le chômage avait beaucoup augmenté au Japon durant les années de crise. Certes, il n'était en rien comparable a celui de la France mais cette augmentation du nombre de sans emplois étaient toutefois vécue comme un grave échec. Cependant, cette baisse du chômage ne signifie pas la fin de la précarité. En effet, les emplois créés sont souvent des emplois partiels. La part des actifs exerçant un emploi à temps partiel est passée de 25% en 1995 à 33% en 2005 ! Les jeunes ne peuvent plus obtenir un emploi à vie comme avant et, pour beaucoup, ils n'en veulent plus. On a donc vu apparaître une nouvelle catégorie de travailleurs : les freeter (フリター) aussi appelés NEETs (Not in Employment, Education or Training ). Ce sont des jeunes qui préfèrent alterner ou cumuler les emplois à temps partiel. Ici, la sécurité de l'emploi signifie également qu'on ne peut presque rien refuser à son employeur d'où les problèmes d'heures supplémentaires souvent non payées ou l'absence de royalties ou de primes pour les inventeurs (cf. le cas de l'inventeur de la première console de jeu Nintendo). Cela explique en partie que beaucoup de jeunes ne souhaitent pas travailler pour un grand groupe japonais. Ils font certes une croix sur des revenus plus élevés mais ils compensent cela en restant chez leurs parents plus longtemps.

On constate donc que l'économie japonaise se portent légèrement mieux mais que cela signifie en rien qu'elle a retrouvé son dynamisme passé. Le Japon reste un pays très riche mais il va devoir faire face à des enjeux qui risquent de remettre en cause sa puissance économique : dénatalité entraînant un vieillissement important de la population, règlement de sa dette publique résultant des gigantesques plans gouvernementaux de relance des années 90, concurrence accrue et à tous les niveaux des pays émergents (Chine, Inde, Asie du sud-est) en plus de pays déjà redoutables sur le plan économiques : la Corée du sud et Taïwan. D'une certaine manière, la situation du Japon a beaucoup de points communs avec celle de l'Europe.

Hervé Tisserand

20 mai 2007

Le Japon et l'immigration choisie

Il n' y a pas qu'en France que se pose le problème de l'immigration. Au Japon, cette question est en train de devenir un enjeu national majeur. Le Japon n'est pas une terre d'immigration comme le sont par exemple la France ou les Etats-Unis mais l'entrée du pays dans une phase de dénatalité a poussé les dirigeants politiques et économiques à prendre en compte ce problème. Le Japon va avoir de plus en plus de mal a trouver de la main d'oeuvre dans différents secteurs de l'activité économique et pense donc faire appel à des travailleurs étrangers. Ainsi a-t-on vu le gouvernement japonais autoriser le recrutement de milliers étrangers issus de pays en voie de développement (essentiellement des Philippines) afin d'occuper des postes de personnels soignants (aides-soignants, infirmières, etc).

Comme on peut le constater ici, l'accueil de travailleurs étrangers résulte d'une exigence économique et est perçu comme une contrainte. Il n'est pas question, pour l'instant, d'encourager l'installation définitive et à grande échelle d'immigrants sur le sol japonais. Le gouvernement cherche à contrôler les flux migratoires par tous les moyens. En effet, le terme utilisé par les officiels et par les journalistes est celui de « travailleur étranger » et non celui d' »immigrant ». Cela signifie que ceux qui viennent travailler au Japon ne devront pas y rester quand on n'aura plus besoin d'eux ou quand ils auront atteint l'âge de la retraite ! Pendant ce temps là, ils devront toutefois s'acquitter des différents impôts et cotiser au système de protection social local. Le pays veut bien faire venir des travailleurs étrangers mais selon des conditions assez strictes.

On peut donc penser que le résidant étranger restera un citoyen de seconde zone ayant beaucoup de devoirs et peu de droits si ce n'est celui de gagner plus d'argent que dans son propre pays. En outre, ils auront sans doute encore beaucoup de difficultés à accéder à la propriété (il faut être résidant permanent pour avoir droit à un crédit immobilier) ou à faire valoir leurs droits en cas de conflits avec des Japonais.

Pourtant, certains dirigeants se sont déjà inquiétés de la possible exploitation de ces résidants, exploitation qui existe déjà. Ainsi le ministère de la santé et du travail et le ministère de l'économie réfléchissent à une réforme du programme de formation de stagiaires étrangers dans des entreprises japonaises (en anglais: trainee-intern program). Selon ce programme qui a bénéficié à plus de 41 000 ressortissants étrangers en 2006, un ressortissant peu ou pas qualifié d'un pays en voie de développement peut venir (dans le cadre de structures gouvernementales) au Japon pendant 3 ans afin d'y acquérir une formation et une expérience. Ce programme suppose que ces ressortissants soient formés pendant un an et qu'ils travaillent ensuite 2 ans dans une entreprise japonaise, le plus souvent dans des PME. Ce système permet d'aider au développement de certains pays (formation de leur main d'oeuvre) tout en permettant à nombre d'entreprises japonaises d'avoir du personnel disponible dans certains secteurs en manque de candidats. Le problème est que ces stagiaires ont souvent été exploités car certaines entreprises les ont fait travailler pour des salaires bien en-dessous des normes japonaises et avec en plus des heures supplémentaires non payées ! N'étant pas considérés comme des salariés, ces personnes ne sont pas protégées par le code du travail japonais... Le ministère de la santé et du travail souhaite changer ça en les considérant comme des salariés dès leur arrivée au Japon mais le ministère de l'économie et du commerce s'oppose à un changement de statut de ces stagiaires et souhaite seulement une hausse des amendes pour les entreprises se comportant mal. Le problème est qu'au Japon, les inspecteurs du travail ne visitent que rarement les entreprises qui ont donc peu de choses à redouter de leur part.

Le Japon a opté depuis longtemps pour l'immigration choisie mais cela n'empêche en rien les problèmes : certains stagiaires (mais aussi nombre d'étudiants étrangers) restent plus longtemps que leur visa ne le leur permet et deviennent des travailleurs illégaux facilement exploitables, des réseaux mafieux profitent également du système pour faire venir des femmes de pays pauvres en leur promettant un emploi qui se transforme en prostitution à leur arrivée sur le territoire, etc. A cela, il faut ajouter une certaine crainte des étrangers qui sont considérés comme une des causes principales (mais fallacieuses) de la hausse de la criminalité. Cette inquiétude de la population face à un possible afflux d'étrangers est surtout un problème mêlant le politique, le culturel et l'éducatif. Ce pays devra essayer de le résoudre relativement rapidement s'il veut conserver un certain dynamisme économique.

Hervé Tisserand

 

Pour plus d'informations, je vous recommande de lire "A New Framework for Japan’s Immigration Policies" de Hidenori Sakanaka, directeur du Japan Immigration Policy Institute et  ancien  responsable  du  Service de  l'Immigration de Tokyo.

09 mai 2007

UDF Japon devient MD Japon !

Suite à l'annonce de la création du mouvement démocrate (MD) par François Bayrou, nous avons décidé de renommer notre blog "MD Japon". Notre logo a également été modifié. L'aventure continue au-delà de l'élection présidentielle. D'importantes élections vont encore avoir lieu : législatives, municipales, etc. Il faut donc continuer le combat et la promotion de nos idées. Au contraire de plusieurs députés UDF qui ont choisi de rallier définitivement Nicolas Sarkozy, nous souhaitons continuer à oeuvrer pour un centre indépendant, fort, fier de ses projets et rassembleurs !
 

Hervé Tisserand et Alexandre Joly. 

18 avril 2007

Assassinat du maire de Nagasaki

Le maire P.L.D ( parti au pouvoir ) de Nagasaki, Icho Ito, a été assassiné mardi soir en face de son Q.G de campagne, de deux balles dans le dos. Son assassin, Tetsuya Shiroo, 59 ans, est le numéro 2 du Suishin-Kai, gang de la pègre locale affiliée au Yamaguchi-gumi le plus gros clan mafieux du Japon. Le Yamaguchi-gumi revendique 40 000 membres.

Icho Ito concourrait pour sa réélection comme maire de la ville, qu'il dirige depuis 1995, quand son assassin lui a tiré deux balles dans le dos à 19:52. Il est décédé dans la nuit.

Tetsuya Shiroo a immédiatement reconnu les faits et n'a opposé aucune résistance aux forces de l'ordre. Il a juste déclaré qu'il avait « tiré plusieurs fois dans l'objectif de tuer le maire » car il avait eu des problèmes avec celui-ci lors de l'attribution de marchés publics. Version qu'il a aussi mise par écrit et envoyé à Asahi TV.

Cet assassinat a été condamné très rapidement par le Chef du Cabinet du Premier Ministre, Yasuhisa Shiozaki.

Bien que sporadique la violence politique reste encore une plaie au Japon. Les maires de Nagasaki, seule ville avec Hiroshima à avoir subi un holocauste nucléaire, qui sont traditionnellement pacifistes sont une cible privilégiée. Ainsi le précédent maire de Nagasaki, Hitoshi Motoshima, avait lui aussi fait l'objet d'une attaque du même genre en 1990. Son agresseur, membre de l'extrême droite lui reprochait ses propos sur la responsabilité de l'Empereur dans le passé colonialiste du Japon.

Plus récemment, en 2006, la maison de Koichi Kato, député du parti d'opposition, le P.D, a été incendié par un extrémiste de droite qui lui reprochait ses critiques visant les visites officielles du premier ministre Junichiro Koizumi au temple du Yasukuni où reposent l'âme des soldats morts pour le Japon, dont des criminels de guerre (Cf l'article sur le Yasukuni dans ce même blog).

La police japonaise, dans son dernier rapport officiel estime à prés de 10 000 le nombre violent d'extrémistes de droite au Japon.

Alexandre Joly.

22 mars 2007

Combat pour la Francophonie

Ce 20 mars était la journée de la francophonie dans le monde. Une journée dont la couverture a été très modérée, un peu à l'image de ce qu'est la francophonie dans cette campagne électorale : une grande oubliée.

Au Japon, néanmoins, les francophones ont eu droit à leurs articles dans les journaux plus que ce ne fut le cas en France même. Mais surprise, ce ne fut cependant pas à la rubrique Culture, mais à celle de la Justice.

En effet, le 19 mars, un groupe de 74 personnes de différentes nationalités a décidé de poursuivre en justice le Gouvernorat de Tokyo pour les propos desobligeant de son chef, le gouverneur Shintaro Ishihara à l'encontre de la langue et de la culture française. Cette plainte faisant suite à celle déposée en 2005 par 34 plaignants contre Ishihara en personne pour les mêmes propos.

A plusieurs reprises ses dernières années, Shintaro Ishihara a eu des propos déplacés envers la langue française. Certes le personnage est coutumier du fait, puisqu'il est connu pour ses diatribes contre les étrangers (principalement Chinois et Coréens) qu'il qualifia du terme colonialiste de « sangokujin » en Avril 2000, ou encore les femmes âgées qu'il traita de « babaa », équivalent de  « vieilles peaux  inutiles » en 2001.

Ses propos sur la langue française sont intervenus le 19 octobre 2004 lors d'une réunion de soutien à l'Université municipale de Tokyo durant laquelle il a expliqué que « le français était disqualifié comme langue internationale parce que c'est une langue inapte au calcul ».
Aprés une demande d'excuse provenant de plusieurs professeurs de français, il persista le 15 juillet 2005 en expliquant que « les indigènes de Tahiti comptent de façon beaucoup plus rationnelle».
Mais plus grave, les foudres verbales de Ishihara s'abatirrent sur les Français dans leur ensemble le 19 septembre 2005 lors d'une conférence de presse à la mairie de Tokyo quand il affirma que « ce pays d'irresponsable qu'est la France veut proposer ses services (de retraitement d'eau) dans son ancienne colonie d'Indochine, alors que l'eau de France n'est même pas buvable. C'est pour cela qu'ils boivent tous de l'eau d'Evian ».

La stupidité et l'aspect erroné de tels propos auraient pu laisser indifférent s'ils n'avaient des répercussions économiques et culturelles importantes. Les dires de Ishihara ont en effet été relayé dans la presse et à la T.V japonaises qui se sont gaussés de l'étrangeté de notre façon d'énoncer les dizaines 70, 80 et 90 et de la difficulté à les assimiler.

Or ridiculiser une langue en dénonçant sa difficulté d'apprentissage et son inutilité c'est lui faire une contre-publicité qui ne peut qu'inciter d'éventuels étudiants à s'en détourner, et donc l'appauvrir jusqu'à la rendre internationnalement inopérante, mais surtout dans un premier temps cela a une répercussion économique pour ceux qui vivent de son enseignement.

Ce n'est donc pas un hasard si à la tête de ce combat on retrouve le directeur d'une école de français de Tokyo, M. Malik Berkane (dont un lien vers son site est accessible dans la rubrique Combats) soutenu par de nombreux professeurs d'université du Japon. Celui-ci est à l'origine de la première plainte contre Ishihara et de la seconde contre le gouvernorat de Tokyo.

Ce combat, les autorités françaises, si prompt à des déclarations tonitruantes sur la francophonie auraient du le soutenir. Or, ni l'ambassade, ni le ministère des Affaires Etrangères n'ont manifesté la moindre opposition aux propos de Ishihara. Et c'est donc, sans soutien officiel que Malik Berkane et d'autres professeurs de français défendent notre langue devant les tribunaux nippons.

Cette dernière plainte, déposée la veille du Jour de la Francophonie l'a été après que Ishihara ait changé sa stratégie de défense en octobre 2006, affirmant que ses propos n'étaient plus personnels et privés, mais étaient officiels et engagés donc l'administration tokyoïte. Ainsi, s'il y a condamnation, ce ne sera plus lui qui paiera, mais le gouvernorat.

Stratégie surprenante à moins d'un mois des élections gouvernatoriales qui voient Ishihara briguer un troisième mandat. Son plus sérieux adversaire Shiro Asano, indépendant comme lui, mais « soutenu » par le Parti Démocratique du Japon, a d'ailleurs fait des diatribes de Ishihara un de ses thèmes de campagne. Lors d'une conférence de presse au Club des Correspondants Etrangers de Tokyo lundi 19 mars, il a estimé que «c'est un gros problème que le gouverneur de Tokyo pointe (ainsi) du doigt des nationalités» .

Sa langue est un des atouts de notre pays, il est du devoir de nos dirigeants de la défendre aux côtés de ses concitoyens de l'étranger.

Alexandre Joly.

16 mars 2007

Signature d'un traité de sécurité entre le Japon et l'Australie

Le 13 mars 2007, le Japon et l'Australie ont signé un traité de sécurité à l'occasion de la visite du premier ministre australien dans l'Archipel. Au Japon, c'est un événement car c'est seulement le deuxième traité de ce type signé par le Japon. Le premier fut le traité de sécurité nippo-américain signé en 1951. Ce dernier engageait et engage toujours les Etats-Unis à assurer la défense du Japon.

Le traité australo-japonais est différent dans le sens où il instaure une coopération bilatérale en matière de sécurité et de maintien de la paix dans la région. Deux des principaux piliers de cette alliance sont la lutte contre la prolifération des armes de destructions massives (cela vise particulièrement la Corée du Nord) et la lutte contre le terrorisme. Mais un autre volet important est la volonté de coopérer lors de mission de maintien de la paix notamment via l'ONU. D'ailleurs, l'Australie soutient le Japon dans sa demande d'être sélectionné comme membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2008. Les liens sont donc renforcés entre ces deux pays principaux alliés des Etats-Unis dans la région.

Washington a beaucoup encouragé ce traité et d'aucun y voit une étape supplémentaire dans la politique de containment de la puissance chinoise. Shinzo Abe et John Howard ont bien évidemment expliqué que ce traité ne visait pas la Chine. Ainsi, Shinzo Abe a déclaré que "Cette alliance ne vise pas à contenir la Chine et n'a pas Pékin en ligne de mire". On peut cependant en douter même si les objectifs avoués dans le traité sont réels. Une telle alliance sert les intérêts américains mais il ne faudrait pas en conclure qu'il s'agit d'un simple pacte entre deux vassaux de l'Amérique. L'Australie et surtout le Japon ont de bonnes raison de vouloir développer de telles coopérations militaires et diplomatiques. Ces raisons sont liées à leurs intérêts vitaux. Depuis longtemps, le Japon s'inquiète de la monté en puissance économique et militaire du voisin chinois. Les dirigeants japonais souhaitent donc resserrer les liens avec les pays qui "partagent des valeurs communes" . Aujourd'hui, c'est l'Australie mais il se pourrait que le Japon cherche à être plus proche de l'Inde dans les années qui viennent. Il est à noter que si les premiers ministres australien et japonais ont insisté sur le fait que ce traité a été signé entre deux pays qui sont des puissances économiques et des démocraties. Un éditorial daté du 14 mars dans le Daily Yomiuri souhaite même un plus grand partenariat stratégique entre le Japon et l'Australie. Outre une coopération militaire, il souhaite un renforcement des relations économiques via des discussions bilatérales.

Il faudra attendre pour voir quel sera l'impact de ce traité en Asie de l'est mais la Chine a déjà réagi via la voix d'un porte-parole du ministère des affaires étrangères. Ce dernier espère vraiment que cette alliance ne vise pas Pékin ("nous espérons que ce qu'ils disent est vrai") et il a rappelé que la Chine n'est pas un pays qui menace ses voisins et qu'il n'envahira aucun pays (Taïwan n'est pas considéré comme un état indépendant par Pékin). On peut en déduire que ce traité irrite voire inquiète la Chine.

Hervé Tisserand.

07 mars 2007

Tout comme la France, le Japon a du mal à appréhender son histoire

Au Japon, le problème se pose en des termes différents mais les débats engendrés ont la même porté que ceux qui agitent la France. Ici, il n'est pas vraiment question de repentance nationale ou de "lois mémorielles". La question centrale est celle de la responsabilité du Japon pendant la deuxième guerre mondial du comportement de ses troupes dans les pays qu'il a occupé et par conséquence de ses relations avec ses voisins.

Le 1er mars 2007, Shinzo Abe, premier ministre du Japon, a déclaré que, selon lui, "il n'y a pas de preuves de prostitution forcée" de dizaines de milliers de femmes dans les pays occupés par les troupes japonaises pendant la guerre. Suite à cette déclaration, la Corée du Sud a réagi immédiatement par la voix de son ministre des affaires étrangères, Song Min-soon, qui a notamment déclaré que ce type de propos n'était "pas utiles" et qu'il fallait reconnaître la vérité. Des organisations philippines ont également dénoncé les propos du premier ministre japonais. Une victime de cet "esclavagisme sexuel", Hilaria Bustamante, une Philippine de 81 ans abusée sexuellement pendant un an à l'âge de 16 ans dans une garnison japonaise en 1942. a déclaré : "ce qu'il (Abe) a dit me met en colère. Ils (les dirigeants japonais) pensent que nous sommes juste du papier toilette que l'on peut jeter après utilisation." Suite à ces différentes réactions négatives, Shinzo Abe a chercher à minimiser ses propos en déclarant qu'il s'en tenait toujours à la déclaration de Yohei Kono, porte-parole du gouverment de l'époque, en 1993 qui s'était excusé au nom du Japon pour la prostitution forcée et pour l'implication du gouvernement militaire dans certains cas. Il est à noter que le premier ministre n'a pas repris les mots de cette déclaration mais y a seulement fait référence. Il a également dit qu'il y avait plusieurs définitions du mot "forcé". Depuis la déclaration Kono, Le Japon a mis en place un fond d'indemnisation des victimes de cette prostitution forcée (en 1995) mais ce fond est financé par des dons privés et non par l'Etat. Pour les victimes, cela signifie que le Japon ne reconnaît pas encore vraiment ce crime d'autant plus que la diète japonaise n'a jamais officiellement approuvé cette déclaration. Pourtant, nombre d'historiens ont mis en relief la prostitution forcée et à grande échelle de femmes asiatiques dans les régions occupées par l'armée impériale. Ils estiment qu'environ 200 000 femmes en ont été victimes. Ceci a été corroboré par de nombreux témoignages de victimes, de témoins mais aussi d'anciens soldats japonais (voir cet article du Japan Times pour plus de détails).
Depuis sa nomination au poste de premier ministre, monsieur Abe avait pourtant cherché à resserrer les liens diplomatiques avec les pays voisins et notamment en évitant de provoquer ces derniers par des déclarations ou des actes ambigus à la différence de son prédécesseur, Junichiro Koizumi.

Comment expliquer de telles déclarations ? Il y a plusieurs explications plausibles à celles-ci.
La première est que le fond d'indemnisation des victimes sera démantelé le 31 mars 2007 après 12 ans d'existence. Seulement 360 femmes auront bénéficié de compensations financières (voir l'article en anglais du Japan Times à ce propos).
En outre, des élections se profilent et la cote de monsieur Abe est au plus bas. Il cherche sans doute à s'attirer les voix du camps le plus conservateur de l'opinion publique japonaise.
Mais au delà de cet opportunisme électoral, il faut rappeler que monsieur Abe est le petit-fils d'un ancien Ministre du Commerce et de l'Industrie du gouvernement militaire, Nobusuke Kishi qui fut arrêté comme possible criminel de guerre avant d'être relâché sans jugement par les Américains. Il fut ensuite premier ministre du Japon, respectivement du 25 février 1957 au 12 juin 1958 et du 12 juin 1958 au 19 juillet 1960. On peut donc penser qu'il y a une part d'éducation familiale dans la posture adoptée par Shinzo Abe. Il faut ajouter que monsieur Abe a longtemps été proche d'un groupe de 130 députés du PLD (parti conservateur dominant) dirigé par Nariaki Nakayama et qui s'est arrangé pour ôter toute référence à la prostitution forcée dans la plupart des manuels d'histoires des collèges. En effet, Nariaki Nakayama fut ministre de l'éducation de septembre 2005 à octobre 2006 ! Shinzo Abe, tout comme Nariaki Nakayama, a aussi appelé à l'annulation de la déclaration de Kono (1993) avant d'occuper des postes officiels notamment dans le gouvernement de Junichiro Koizumi.
Mais ce qui me paraît important, c'est qu'au-delà de la personnalité du premier ministre japonais, beaucoup de Japonais partagent cette vision de l'histoire soit par méconnaissance historique soit consciemment. Il n'y a pas eu la même pression morale sur le Japon que celle qu'à connu l'Allemagne. De plus, le fait que ce pays fut le seul à être victime de l'arme atomique a fait que les Japonais se sentent souvent plus victimes que responsables des événements. Il ne faut toutefois pas trop noircir le tableau et voir que la société japonaise a évolué et continue à le faire. Cependant, l'enseignement de l'histoire reste un grand chantier et on peut rappeler que la France a eu (et a encore) beaucoup de mal à accepter ce que furent réellement Vichy ou la guerre d'Algérie. Le fait que le congrès américain puisse voter une résolution voulant obliger le Japon à s'excuser pour avoir instaurer un système de prostitution forcée pendant la guerre ne va peut-être pas aider le travail de mémoire des Japonais. Au lieu d'une ingérence politique, il vaudrait mieux que des historiens étrangers fassent des recherches et publient leurs travaux dans le pays concerné à l'image de ce que Robert Paxton a fait sur Vichy.
 
Hervé Tisserand

03 mars 2007

Où l'on reparle du Yasukuni

Le sanctuaire du Yasukuni fait reparler de lui après que 11 Sud-Coréens aient décidé lundi 26 février de porter plainte contre l'association religieuse qui le gère.

Ce temple shintô indépendant mais qui n'est pas affilié à l'association des sanctuaires shintô du Japon est au coeur de Tokyo. Construit initialement en 1869 sous le nom de Tokyo Shokonsha pour honorer les morts de la guerre civile qui prenait fin, il est rapidement devenu le lieu de repos des âmes de tous les soldats morts lors des guerres japonaises. Rebaptisé Yasukuni Jinja (Le temple du pays apaisé) en 1879, y reposent aujourd'hui l'âme de presque 2 500 000 personnes.

Accusé par certains d'avoir fait la promotion du nationalisme nippon pendant sa période militariste jusqu'en 1945, le temple a surtout commencé à susciter la polémique en 1978 : En octobre, son responsable d'alors, Nagoyashi Matsudaira, décida d'y faire reposer 14 anciens criminels de guerre de Classe A, jugés lors du procès de Tokyo à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. 7 d'entre eux comme l'Amiral Tojo avaient été condamné à mort et ceux-ci possédaient déjà « leur » temple.

Cette décision eut pour effet d'entrainer l'arrêt des visites au temple de l'Empereur Hirohito qui ne l'approuvait pas mais ne put officiellement le dire : La Constitution d'après guerre lui interdisant d'interférer dans le débat politique national.

Si de nombreuses personnalités, dont des premiers ministres en exercice, continuèrent à se rendre au temple, elles le firent dans un cadre dit privé : La Constitution laïque du pays interdisant à un Premier ministre de faire une telle démonstration religieuse.

Mais les polémiques prirent une toute autre dimension avec les visites de Koizumi (2001-2006) : Tout d'abord celui-ci lors de sa campagne pour le leadership du P.L.D. avaient fait campagne auprès des associations de familles d'anciens soldats en leur promettant de s'y rendre s'il était élu Premier ministre; en second point il a toujours laissé planer un doute sur le caractère privé ou non de ses visites jusqu'à s'y rendre le 15 août 2006, le jour de la commémoration da la fin de la guerre au Japon. Cela eut évidemment des répercussions importantes et desastreuses sur les relations entre le Japon et les pays victimes du colonialisme japonais (Chine, Corées..).

Aujourd'hui, avec la plainte de ces 11 Coréens, c'est le mode de désignement du choix des âmes et leur gestion qui posent problème. Le temple décide en effet seul des âmes qu'il veut honorer ou bien comme ce fut le cas en 1959, c'est le gouvernement qui en décrète la liste. Sont ainsi inscrits au panthéon du temple, à la fois les âmes de simples soldats, celles d'infirmières ou de civils ayant servi leur pays comme celles de criminels de guerre (choisis par le temple) ou de soldats enrôlés de force (choix du gouvernement). Dont des Coréens.

C'est cet amalgame que les plaignants entendent dénoncer. Ils s'appuient sur l'article 20 de la Constitution et son aspect laïque contre cet enrôlement de force des «âmes» par le gouvernement. Ils font aussi valoir le droit à la liberté religieuse garantie par l'article 13, pour libérer les non-shintô du temple. Mais leur requête a peu de chances d'aboutir. En effet une plainte similaire avait été rejeté par un tribunal du district de Tokyo en mai 2006 sous prétexte que des accords signés en 1965 entre le Japon et la Corée avaient réglé le litige des listes de « morts à la guerre ».

Autre cas : Celui des morts... bien vivant. Le Japan Times du 27 février raconte l'histoire de Kim Hee Jong, 81 ans, pour qui la gestion du temple est à remettre en cause. Ce Coréen avait en effet eu la surprise en juillet 2006 de voir son nom sur la liste des morts pour le Japon. Il demanda donc que celui-ci soit retiré, mais en revenant quelques mois plus tard il s'aperçut que cela n'avait pas été fait et demande donc aussi réparation.

Le Yasukuni n'a donc pas encore fini de faire parler de lui. Surtout que le nouveau Premier ministre Shinzo Abe ne s'est toujours pas prononcé sur sa décision d'une éventuelle visite personnelle du sanctuaire ou non.

Alexandre Joly.