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21 avril 2008

Le soutien militaire japonais en Irak jugé anticonstitutionnel

L'un des sujets de controverse les plus virulents entre le parti au pouvoir, le Parti Libéral Démocrate (PLD) et l'opposition, emmenée par le Parti Démocrate Japonais (PDJ), vient de connaître un nouveau rebondissement. Rebondissement que les deux camps jugent, étonnamment, favorables à leur point de vue.

De par sa constitution, « le peuple japonais renonce pour toujours à la guerre comme droit souverain et à la menace ou l'usage de la force comme moyen pour résoudre un problème international ». C'est le paragraphe 1 de l'article 9. Néanmoins, des éléments des Forces d'Auto-Défense peuvent être déployés à l'étranger s'ils ne sont pas engagés sur des théâtres de guerre, comme ce fut le cas dans les années 90 au Cambodge.

C'est à partir de ce précédent que le gouvernement de J. Koizumi avait justifié le déploiement de soldats dans le sillage des troupes américaines en Irak en 2003, une fois la guerre déclarée officiellement finie par G.W. Bush. Stationné dans le sud du pays, à Sanawa, le détachement avait été autorisé par le parlement japonais à se déployer car la zone était jugée non-belligérante par le gouvernement nippon. Point de vue que l'opposition dénonçait déjà.

L'histoire aurait pu s'arrêter après le rapatriement du contingent japonais en 2005 de cette zone, si dans le même temps le gouvernement japonais n'avait transformé son aide terrestre en soutien logistique aérien. En effet l'A.S.D.F, les forces aériennes japonaises, stationnées au Koweit, apporte quotidiennement un soutien logistique important en approvisionnant et ravitaillant les forces internationales en Irak, en faisant la liaison entre le Koweit et l'aéroport de Bagdad.

Le débat sur la reconduction de ce soutien avait été l'an dernier, après la victoire du PDJ à la Chambre Basse de la Diète, l'objet de passes d'arme entre le gouvernement et l'opposition qui bloquait et retardait le vote. Le premier ministre de l'époque, S. Abe, arguant du fait que l'aéroport de Bagdad n'était pas une zone de guerre, le gouvernement passa la loi « en force », la Chambre Haute, tenue par le PLD, ayant prédominance sur la Chambre Basse. Et le déploiement de l'ASDF fut ainsi reconduit pour deux ans.

Parallèlement à cette joute politique, des citoyens portèrent l'affaire devant les tribunaux. Plus de 1 222 plaignants estimaient que l'envoi de troupes japonaises était contraire à la constitution et portèrent plainte auprès du tribunal de District de Nagoya. En Avril 2006, les juges reboutèrent les demandes des plaignants qui firent aussi tôt appel devant la Haute Cours de Justice de Nagoya. C'est le jugement de ce tribunal, jeudi 18 avril, qui fait rebondir l'affaire.

Le verdict avait deux volets distincts. Le premier volet, sur lequel s'appuie le gouvernement pour revendiquer une partie de sa victoire, concerne les demandes de compensation des plaignants qui estimaient leur droit à une existence pacifique bafouée. Le jugement a confirmé celui d'avril 2006 qui rejetait l'assertion que « les vies et libertés des plaignants sont actuellement violées ». Ils furent donc une nouvelle fois déboutés. C'est donc sur le second volet, plus constitutionnel que le jugement du tribunal a surpris.

Ainsi, à la question de savoir si l'aéroport de Bagdad était une zone de guerre, la réponse du juge K. Aoyama, a été « oui ». A la question de savoir si en apportant un soutien logistique à l'armée américaine en Irak, le Japon se comportait en pays belligérant la réponse fut aussi « oui ». Et à la question de savoir s'il était donc constitutionnel d'envoyer des troupes aériennes en Irak, la réponse a été clairement « non ».

Camouflet important porté au gouvernement. Sauf que, juridiquement et donc techniquement, une haute Cours ne peut émettre des décisions contraignantes en matière constitutionnelle, et ne peut donc faire fléchir le gouvernement. Seule la Cours Suprême en a l'autorité. Le gouvernement n'est donc pas contraint d'infléchir sa politique. Et bien évidemment il ne va pas faire appel du jugement, car pour le coup, l'affaire serait portée devant la dite Cours Suprême.

L'affaire en restera là, d'un point de vue juridique, mais comme l'écrivait le journal Ashi dans son éditorial de vendredi, « le gouvernement devrait prendre très au sérieux » cette décision, et ne pas juste se retrancher derrière un artifice juridique comme l'a fait le Premier Ministre Fukuda pour continuer la même politique en Irak. Politique soutenue par moins de 20% des Japonais selon les dernières enquêtes d'opinion.

Alexandre Joly.

 

08 août 2007

S. ABE et le nucléaire militaire

 “Nous prendrons l'initiative auprès de la communauté internationale, et nous consacrerons de tout coeur, à l'éradication des armes nucléaires et à la réalisation de la paix. » a signifié le premier ministre Shinzō Abe dans un discours prononcé lors des cérémonies commémorant le 62ème anniversaire du bombardement de Hiroshima.

C'est la première fois depuis sa nomination que le chef du gouvernement s'exprime si clairement sur ce qu'est et sera sa politique nucléaire depuis sa nomination en septembre 2006. Par ses mots, il s'inscrit dans les pas de ses prédécesseurs qui confirmèrent la nature pacifiste et anti-nucléaire du Japon. Cette politique est symbolisée par la doctrine dite des 3 non. « Non fabrication. Non possession. Non circulation » d'armes nucléaires sur le sol nippon.

La position de Shinzō Abe, qu'il affirme tardivement, intervient après plusieurs mois d'intense débat sur le devenir de la position japonaise vis à vis des armes nucléaires. Issu des rangs nationalistes, le premier ministre était soupçonné de tendre une oreille attentive à ceux qui au Japon réclame un réexamen de la doctrine nucléaire de l'archipel.

Les soupçons se sont développés après que des membres du Jimintō, le parti au pouvoir, mais aussi des universitaires ou spécialistes de la défense aient demandé que soit réapprecié la position japonaise suite au test effectué par la Corée du Nord le 9 octobre 2006. Loin de le condamner, Shinzō Abe a au contraire laissé se développer dans les médias le débat.

Ceci est allé conjointement avec la volonté affichée du gouvernement de faire modifier la Constitution pacifiste japonaise, et notamment son article 9 qui interdit au Japon de faire la guerre. A cela se sont ajoutés enfin les propos de l'ancien (et premier en titre) ministre de la Défense, Fumio Kumya, qui fin juin avait suscité une polémique en semblant légitimer l'utilisation de l'arme nucléaire, au travers d'une tentative d'explication des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Cette polémique lui coûta son poste, et fût l'une des raisons de la défaite du Jimintō aux élections sénatoriales du 29 juillet.

Ainsi, si le débat sur la modification de la constitution qui empêche toute participation du Japon sur des théâtres de guerre, n'est pas clos, en revanche la volonté de Shinzō Abe de faire en sorte que « les tragédies de Hiroshima et de Nagasaki ne se renouvellent jamais en aucun lieu sur Terre », referme provisoirement celui sur le nucléaire militaire japonais.

 

Alexandre Joly

30 juillet 2007

Sénatoriales : défaite historique du PLD

 « Cette humiliante défaite est de mon entière responsabilité. ». C'est par ces mots répétés tout au long de la soirée sur les différentes chaînes de télévision, que le premier ministre Shinzo Abe a commenté les résultats des élections partielles qui se sont déroulées ce dimanche dans l'archipel.

Portant sur le renouvellement de 121 des 242 sièges de la Chambre Haute ou Chambre des Conseillers, l'équivalent du Sénat en France, cette élection (au suffrage universel directe, mêlant scrutin nominal à un tour et proportionnelle) marque la première mise en minorité du parti au pouvoir dans cette assemblée depuis 60 ans.

Ainsi le Jiminto (Parti Libéral Démocrate) du premier ministre et son allié le Komeito (Parti bouddhiste) ne gagnent lors de ce scrutin que respectivement 37 (- 19) et 9 sièges quand le principal parti d'opposition le Minshuto (Parti Démocrate du Japon) en remporte 60 (+28). Dans le même temps les autres partis d'opposition comme le Kiosanto (Parti Communiste Japonais), le Shaminto (Parti Socialiste) des candidats indépendants et les partis nationalistes obtiennent 14 sièges ne profitant pas spécialement de la défaite de la coalition au pouvoir.

Celle-ci qui pouvait compter sur 58 sièges non soumis à l'élection a donc dans cette nouvelle assemblée 105 sièges quand l'opposition en totalise 137. Elle ne peut donc plus obtenir la majorité qui est de 122 voix. Ainsi, le Minshuto en s'emparant du Sénat pourra bloquer un grand nombre de mesures gouvernementales et pousser le gouvernement à l'immobilisme.

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Néanmoins cette défaite ne devrait pas entraîner de bouleversements dans l'immédiat au sein du gouvernement. Et Shinzo Abe devrait rester en poste comme il l'a lui même annoncé hier: « La construction de notre nation commence juste... Et je souhaite continuer à remplir mes fonctions de premier ministre ». Le Jiminto et son allié sont en effet largement majoritaires à la Chambre Basse, celle dont le parti dominant choisit le premier ministre. L'opposition n'a donc aucun moyen de faire chuter l'actuel gouvernement.

Une autre raison qui pousse Shinzo Abe à croire en son maintien est que le Jiminto n'a actuellement pas de personnalité d'envergure à présenter au poste de premier ministre et une fronde interne a peu de chance d'aboutir : celui qui fût son principal rival aux élections internes, le ministre des affaires étrangères Taro Aso, par ses déclarations intempestives et une tentative de destabilisation de Abe quelques mois après son élection l'ont décridibilisé et affaiblis.

 A moyen terme, seule l'actuelle et récente ministre de la Défense Yuriko Koike, surnommée la « Condolezza Rice du Japon » pourrait prendre ce rôle, mais c'est encore prématuré. Reste enfin l'hypothèse pour l'instant peu crédible d'un retour de l'ancien premier ministre, le toujours populaire J. Koizumi...

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S'il veut mettre en oeuvre ses promesses, Shinzo Abe devra donc négocier sur chacun des dossiers. Et il n'est pas dit que cela lui soit impossible. En effet, le clivage idéologique entre le Jiminto et le Minshuto est très faible et de nombreuses concordances existent. Si Abe veut faire passer certaines réformes il n'est pas inenvisageable qu'il obtienne des soutiens dans les rangs de l'opposition, si ce ne sont des revirements ou des trahisons. Rappelons que l'actuel président du Minshuto, Ozawa, comme nombre de ses membres est un transfuge du parti au pouvoir.

On a ainsi vu sur des dossiers particuliers des députés des deux partis se serrer les coudes et faire causes communes : révision des manuels scolaires, négation de l'implication de l'armée dans l'asservissement de femmes de réconfort pendant la guerre... Et sur l'épineux dossier de la modification de l'article 9 de la Constitution qui fait du Japon un pays pacifiste, les oppositions du Minshuto à cette réforme n'ont jamais été clairement sur le fond, le renoncement à la guerre, mais sur des aspects plus procéduriers.

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Autrement dit, la gouvernance japonaise, faite de négociations, d'arrangements et de compromis, ne signifie pas que la coalition au pouvoir soit K.O. Cette élection est juste un avertissement.

Ce sera de la capacité d'Ozawa à maintenir l'ordre et la discipline dans ses rangs et à fixer à ses troupes un objectif clair (le pouvoir) que viendra ou non la chute du gouvernement de Shinzo Abe.

Alexandre Joly.

01 juillet 2007

Ingérence historique

Mardi 27 juin, la commission des Affaires Etrangères du Sénat des Etats-Unis a adopté une résolution non-contraignante, demandant officiellement au Japon de reconnaître et s'excuser pour l'exploitation de « femmes de réconfort » dans les bordels militaires de campagne sous contrôle de l'armée impériale durant la deuxième guerre mondiale en Asie et dans le Pacifique.

Cette résolution, qui n'est pour l'instant pas une déclaration officielle du Sénat et n'a pour conséquent qu'une portée très limitée suscite néanmoins des remous des deux côtés du Pacifique. Car voulue par le député démocrate d'origine japonaise M. Honda, cette résolution a été soutenue par Nancy Pelosi et pourrait donc être l'avant-projet d'une résolution du Sénat à la portée plus internationale et beaucoup plus contraignante.

Et si dans les deux gouvernements on continue à clamer que les « relations américano-nippones sont inébranlables » ou comme le premier ministre japonais on rappelle que «cette commission adopte de nombreuses résolutions sans effet », ce vote de la comission est un coup très rude porté au Japon.

La presse nippone n'a d'ailleurs pas tardé à réagir, pressant le premier ministre Abe de prendre une position internationale claire. Or cela surgit à un moment où celui-ci doit affronter des élections partielles pour lesquelles son parti part handicapé, englué qu'il est dans une succession de scandales économico-politico-administratifs.

Cette résolution a aussi relancé le débat sur la perception et l'attitude qu'ont de leur histoire les Japonais comme le rappelait sur ce blog Hervé dans sa note du 7 mars. Or, une prise de position claire de Shinzo Abe aura une influence évidente sur le résultat des élections, car il devra choisir entre deux choix politiques bien tranchées aux conséquences intérieures et internationales importantes.

Ces deux positions les éditoriaux des deux grands journaux japonais publiés ce mercredi s'en font les échos respectifs.

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Ainsi le Yomiuri Shinbun, grand journal de droite a tout à la fois critiqué la résolution américaine, car « basée sur une perception erronée des faits », et le premier ministre pour son attitude jugée conciliante envers les théses qui accusent l'armée japonaise d'avoir été impliqué dans le recrutement et la gestion des bordels militaires. Le journal reproche surtout à Shinzo Abe de s'inscrire dans la lignée officielle des gouvernements japonais depuis 1993 qui ont fait de la déclaration du Directeur de Cabinet d'alors, Yohei Kono, leur approche officielle de l'histoire. Celui-ci avait ainsi affirmé que « l'armée a été directement ou indirectement impliqué dans le recrutement forcé des femmes de réconfort ».

Le Yomiuri défend quant à lui dans ses colonnes la thése « qu'aucune preuve n'a jamais été trouvé prouvant le recrutement forcé de femmes de réconfort par les autorités militaires ». Il se fait ainsi le porte-parole des nombreux hommes politiques japonais qui remettent en cause la déclaration Kono. Hommes politiques dont S. Abe a fait un temps parti, affirmant réguliérement des propos ambigues notament en mars de cette annèe.

A cette époque le premier ministre avait dû néanmoins faire machine arrière et se faire l'avocat de la déclaration Kono devant les risques de réactions internationales, notament chinoises et coréennes. Car, ses principaux succés politiques sont d'ordre international, lui qui avait promis durant sa campagne de normaliser ses relations avec la Chine et la Corée du Sud et dont les rencontres avec les dirigeants de ces pays furent l'aboutissement. Les chancelleries asiatiques guettent chacune de ses interventions sur l'histoire et le moindre faux pas peut ainsi avoir des conséquences diplomatiques.

C'est d'ailleurs sur le thème du bras de fer diplomatique que Taro Aso, le très à droite ministre des Affaires Etrangeres avait commenté les préparatifs à cette résolution en mars, dénonçant « le lobbying d'ennemis du Japon aux Etats-Unis liés aux Chinois et aux Coréens

Ce front «négationniste» a par ailleurs tenté de faire la publicité de ses théories en s'offrant une pleine page du Washington Post, intitulée The facts. Cela eut bien évidemment l'effet inverse au résultat recherché puisque la commission n'a pas changé sa position, mais cela a surtout donné à l'affaire un retentissement encore plus grand et provoqué des réactions indignées. C'est ainsi que pendant que la commission américaine passait sa résolution, le président de la Chambre des Représentants du parlement hollandais expédiait un courrier à son homologue nippon, Yohei Kono (le même que celui de la déclaration de 1993 !), se plaignant de la trop grande liberté et du peu de contradiction qui était opposé aux députés « négationnistes ». Il rappelait surtout que des citoyennes hollandaises, suite à l'invasion de l'Indonésie, alors colonie battave, par les troupes impériales, avaient été faites prisonniéres et prostituées de force.

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Cet activisme de dizaines de députés, provenant aussi bien des rangs du Jiminto au pouvoir que du Minshuto principal parti d'opposition, l'éditorial de mercredi du grand journal de gauche l' Asahi Shinbun l'a clairement dénoncé. Comme il dénonce réguliérement dans ses colonnes toute attitude qui vise à nier ou falsifier les actions commises pendant la période coloniale et la guerre. Soit à travers des déclarations d'hommes politiques, soit à travers les commissions qui établissent les programmes scolaires d'Histoire.

En desaccord avec Shinzo Abe, l'éditorial estime que cette résolution est beaucoup plus grave qu'il ne pense et aura des conséquences diplomatiques car permet de mettre en doute la crédibilité démocratique du Japon, ce qui est néfaste quand on souhaite intégrer le Conseil de Sécurité des Nations Unis, ou prendre plus de place dans la gestion des affaires du monde. Le journal souligne que le « Japon prend des coups à chaque fois que des politiques japonais disent ou font quelquechose qui peut être interprété comme la justification des actes commis durant la guerre», et réclame en conséquence une attitude plus claire de la part du premier ministre.

Le journal lui reproche à mots couverts, comme beaucoup de monde, de ne s'être converti que trop tardivement à la déclaration Kono et de ne pas être apte à la défendre avec conviction. De même que sur le sujet, il lui est reproché de ne pas avoir mis en avant le travail de réflexion opéré par la société japonaise au sortir de la guerre, sur celle-ci et sur la colonisation. faisant d'elle une société antimilitariste.

Surtout, enfant d'une lignée politique qui a eu sa part de responsabilité pendant la guerre, conservateur, son attitude repentante est encore trop ambivalante pour être réellement crédible, comme l'ont démontrées ses visites au temple du Yasukuni qui renferme les âmes des soldats morts pour le Japon depuis le XIXe siècle. Dont celles de criminels de guerre.

Mais l' Asahi Shinbun ne concentre pas seulement ses attaques sur le Japon, il s'en prend aussi à la commission américaine et sa résolution « dont de nombreux points peuvent être remis en question ». Il lui est reproché notament d'occulter toutes les déclarations déjà faites par le Japon en matière de reconnaisance et d'excuses, mais aussi de compensations, rappelant que tous les premiers ministres depuis 1993 ont réguliérement envoyé aux victimes des lettres d'excuses et de compassions, accompagnées de dédommagements financiers.

Alexandre Joly

Ingérences historiques II

Cette ingérence historique que se permet le Sénat américain est, moralement scandaleuse et condamnable ; politiquement contre-productive et dangereuse. S'il n'est pas ici question de remettre en cause la réalité de la prostitution forcée de milliers de femme en Asie, et s'il n'est pas question non plus d'accorder le moindre crédit aux négationnistes nippons, on peut remettre en cause cette attitude moralisatrice des Etats-Unis qui vise à dicter aux autres pays (qui plus est ici, un de leurs plus fidèles alliés !) comment lire leur histoire.

Moralement scandaleuse elle l'est car les parlementaires américains, pas plus que leurs homologues français ou autres, n'ont à s'ériger en procureur de l'Histoire. Nous n'aurons de cesse à répéter ici que les parlements et les tribunaux ne sont nullement des endroits où doit se pratiquer la recherche ou l'enseignement de l'Histoire. Le Japon, comme les Etats-Unis ou la Corée du Sud sont des démocraties avec des systèmes universitaires de grandes qualités et aux chercheurs de renommées internationales. C'est à eux de faire avancer la connaissance et non à quelques députés en quête de renommée facile.

Facteur aggravant, cette résolution fait fis des différents courants de pensée dans l'opinion japonaise, la rendant monolithique et laissant croire que tous les Japonais adoptent cette position négationniste . Ce qui est évidemment une tromperie.

Condamnable elle l'est quand on analyse non seulement l'intitulé de la résolution mais aussi quand on voit quelles sont les sources sur lesquelles se sont appuyés les parlementaires et quelle a été la méthodologie de leur recherche. Dire que le travail de recherche a été très faible et parfaitement partial n'est qu'un doux euphémisme. Mais ce reproche on peut et doit aussi le faire à toutes les commissions parlementaires qui cherchent à faire de l'histoire et notamment celles qui sont en France à l'origine des lois dites mémorielles sur l'esclavage ou sur le « génocide » arménien. Les parlementaires ne sont pour la plupart pas des historiens, ils n'en ont ni la formation ni les compétences, et on ne le devient pas tout aussi facilement qu'on ne s'improvise médecin. Ce qui produit généralement des préambules historiques navrants à ces résolutions.

Quand ce n'est pas le contenu de la résolution qui l'est. Ainsi, en demandant au Japon de « reconnaître le rôle de son armée dans l'enrolement forcé » de milliers de femmes, cette commission a fait preuve d'un aveuglement et d'une méconnaissance terrible de l'attitude des différents gouvernements japonais depuis 1993 et la fameuse déclaration de Yohei Kono. Comme le soulignait l'Asahi Shinbun, tout ce que demande cette commission a déjà été fait : Tous les premiers ministres japonais dont Shinzo Abe ont fait de la déclaration Kono la position officielle du gouvernement japonais.

En réclamant au gouvernement japonais de s'excuser, la commission parlementaire américaine omet aussi les lettres d'excuses que chaque premier ministre depuis 1993 a écrit et envoyer aux différentes victimes féminines qui servirent de « femmes de réconfort ». Lettres qui reconnaissent les faits et demandent pardon pour les atrocités subies. On peut aussi s'interroger pour savoir pourquoi la commission a en sus oublié de parler du fond d'indemnisation qui a été mis en place par le gouvernement japonais ? Fond qui a permis d'allouer des indemnités aux victimes. En conclusion, cette commission n'a pas fait un travail d'Histoire, elle a instruit à charge.

Et comme tout procès historique, les travaux sur lesquels se sont appuyés la commission sont plus que critiquables. Ils ont cherché à frapper les esprits plutôt qu'à reproduire une réalité. Durant les auditions de cette commission un parlementaire a fièrement présenté au public un ouvrage sur lequel il s'était appuyé. (Je n'ose pas croire que ce soit le seul qu'il ait lu !) Cet ouvrage, The Rape of Nanking , écrit par une journaliste chinoise est un condensé des atrocités commises par l'armée impériale lors de la prise de la ville de Nankin. Et s'il n'est encore une fois pas une seule seconde question de remettre en cause les crimes commis par l'armée japonaise, cet ouvrage est historiquement très critiquable et truffé d'erreurs et approximations. Il n'est en aucun cas considéré comme un travail historique crédible. Ce qui est ennuyeux pour une commission qui prétend dicter l'Histoire.

Mais au-delà de l'aspect moral, cette déclaration aura certainement un impact contre-productif. Car comme tous les pays qui reçoivent un diktat US la société nippone adoptera une position sinon contraire, en tout cas fera le dos rond. Non par idéalisme ou négationnisme historique mais par fierté nationale et soucis de défendre son indépendance et sa liberté de pensée contre une attitude arrogante et déplacée.

Mais surtout cette résolution est dangereuse car une fois de plus les Etats-Unis installent dans le « Grand Jeu » fragile des relations internationales un nouveau principe perturbateur : Le droit d'ingérence historique. Après le droit à la guerre préventive, le droit d'ingérence humanitaire, ce droit à l'ingérence historique va légitimer les revendications et demandes de repentance des nationalistes et extrémistes de tous poils qui chercheront dans l'Histoire tout contentieux permettant de demander excuses et réparations à leurs voisins. Avec les risques de crises et de violences qui en découlent.

Si cette résolution est emprunte de bons sentiments, elle est le symbole d'un messianisme morale en matière diplomatique qui est aujourd'hui la marque de fabrique de la politique étrangère des Etats-Unis, et cela quelque soit le parti au pouvoir. Il est aussi et surtout un magnifique et hypocrite cache-sexe, pour d'autres politiques moins vendables aux opinions publics.

Cette résolution est en fin de compte la parfaite illustration de deux vices ou dérives dans la façon d'aborder la politique étrangère dans nos démocraties occidentales.

La première d'entre elle a été définie par Samuel Huttington en 1996 dans son ouvrage  Le choc des Civilisations . Celui-ci voyait comme l'un des trois moteurs de ce choc, après l'intolérance d'un monde Islamique et le nationalisme chinois, l'arrogance de l'Occident. Cette arrogance qui vise à imposer aux autres cultures ou civilisations un processus de pensée, un mode de vie et de gouvernance de type euro-américain qui ne prendrait pas en compte leurs différences et surtout apparaitrait à ces populations comme un incroyable manque de respect. Aujourd'hui, comme au dix-neuvième siècle, nous pensons pouvoir amener notre lumière sur le reste du monde. Sans nous rendre compte que les rapports de force ne sont plus les mêmes.

Cet aveuglement des rapports de force et des réalités est la deuxième dérive des politiques étrangères en cours en Occident depuis 15 ans. Elle a été magnifiquement illustré dans l'expression d'  « Irrealpolitik » par Hubert Védrine dans son ouvrage Continuer l'Histoire. Où comment la croyance que nos sociétés sont meilleures et nos valeurs supérieurs nous ont fait nier les réalités du monde pour nous penser nouveaux messies de la liberté et de la démocratie.

Arrogance et aveuglement, voici quelles sont les motivations de cette résolution, et pourquoi elle est condamnable. Arrogance et aveuglement qui sont pourtant aussi les raisons de l'échec en Irak.

Alexandre Joly.

03 juin 2007

Où en est l'économie japonaise ?

Après une longue période de stagnation, l'économie japonaise a redémarré sans pour autant atteindre des sommets. La croissance a cependant été de 2,2% pour l'année 2006. Cette croissance repose essentiellement sur trois facteurs :
  • La consommation des ménages. Le demande intérieure se maintient et progresse même un peu (+ 0,9% pour le premier trimestre 2007 par rapport au trimestre précédent).

  • les investissements des entreprises mais ces derniers ont reculé de 0,9% au premier trimestre 2007.

  • es exportations qui se portent bien : + 3,3% au premier trimestre 2007.

A cela, il faut ajouter la baisse du chômage dont le taux s'établit à 4%, chiffre le plus bas depuis 5 ans (5,5% en 2002)

Voilà pour les chiffres généraux de l'économie nipponne. On peut donc considérer que l'activité économique se porte mieux dans l'archipel. En fait, ces chiffres cachent des données beaucoup moins reluisantes.

Si la consommation reste forte, c'est surtout dû au fait que les Japonais ont choisi de consommer des produits bon marchés au détriment des produits haut de gamme. Ainsi, les ventes des grands magasins (デパート) tels que Sogo, Daimaru, Isetan, etc diminuent d'années en années d'où la multiplication des périodes de soldes de ces grandes enseignes. Le nombre de magasins bons marchés a fortement augmenté et s'il faut donner un exemple, je choisirai celui de Uniqlo, une chaîne de magasins de vêtements peu onéreux et présente partout au Japon.

Concernant les exportations, il n'y a pas de doute que ce secteur reste un point fort de l'économie japonaise mais les revenus générés par les exportations sont en grande partie avalés par les dépenses énergétiques. Le Japon est très dépendant de l'extérieur et doit importer énormément de matières premières et de sources d'énergie. Le volume de ces importations, la faiblesse du yen par rapport au dollar et le cours du pétrole relativement élevé jouent contre l'économie nipponne.

Quand une économie connaît des difficultés, l'emploi est souvent le domaine qui est le premier à en souffrir. Le chômage avait beaucoup augmenté au Japon durant les années de crise. Certes, il n'était en rien comparable a celui de la France mais cette augmentation du nombre de sans emplois étaient toutefois vécue comme un grave échec. Cependant, cette baisse du chômage ne signifie pas la fin de la précarité. En effet, les emplois créés sont souvent des emplois partiels. La part des actifs exerçant un emploi à temps partiel est passée de 25% en 1995 à 33% en 2005 ! Les jeunes ne peuvent plus obtenir un emploi à vie comme avant et, pour beaucoup, ils n'en veulent plus. On a donc vu apparaître une nouvelle catégorie de travailleurs : les freeter (フリター) aussi appelés NEETs (Not in Employment, Education or Training ). Ce sont des jeunes qui préfèrent alterner ou cumuler les emplois à temps partiel. Ici, la sécurité de l'emploi signifie également qu'on ne peut presque rien refuser à son employeur d'où les problèmes d'heures supplémentaires souvent non payées ou l'absence de royalties ou de primes pour les inventeurs (cf. le cas de l'inventeur de la première console de jeu Nintendo). Cela explique en partie que beaucoup de jeunes ne souhaitent pas travailler pour un grand groupe japonais. Ils font certes une croix sur des revenus plus élevés mais ils compensent cela en restant chez leurs parents plus longtemps.

On constate donc que l'économie japonaise se portent légèrement mieux mais que cela signifie en rien qu'elle a retrouvé son dynamisme passé. Le Japon reste un pays très riche mais il va devoir faire face à des enjeux qui risquent de remettre en cause sa puissance économique : dénatalité entraînant un vieillissement important de la population, règlement de sa dette publique résultant des gigantesques plans gouvernementaux de relance des années 90, concurrence accrue et à tous les niveaux des pays émergents (Chine, Inde, Asie du sud-est) en plus de pays déjà redoutables sur le plan économiques : la Corée du sud et Taïwan. D'une certaine manière, la situation du Japon a beaucoup de points communs avec celle de l'Europe.

Hervé Tisserand

20 mai 2007

Le Japon et l'immigration choisie

Il n' y a pas qu'en France que se pose le problème de l'immigration. Au Japon, cette question est en train de devenir un enjeu national majeur. Le Japon n'est pas une terre d'immigration comme le sont par exemple la France ou les Etats-Unis mais l'entrée du pays dans une phase de dénatalité a poussé les dirigeants politiques et économiques à prendre en compte ce problème. Le Japon va avoir de plus en plus de mal a trouver de la main d'oeuvre dans différents secteurs de l'activité économique et pense donc faire appel à des travailleurs étrangers. Ainsi a-t-on vu le gouvernement japonais autoriser le recrutement de milliers étrangers issus de pays en voie de développement (essentiellement des Philippines) afin d'occuper des postes de personnels soignants (aides-soignants, infirmières, etc).

Comme on peut le constater ici, l'accueil de travailleurs étrangers résulte d'une exigence économique et est perçu comme une contrainte. Il n'est pas question, pour l'instant, d'encourager l'installation définitive et à grande échelle d'immigrants sur le sol japonais. Le gouvernement cherche à contrôler les flux migratoires par tous les moyens. En effet, le terme utilisé par les officiels et par les journalistes est celui de « travailleur étranger » et non celui d' »immigrant ». Cela signifie que ceux qui viennent travailler au Japon ne devront pas y rester quand on n'aura plus besoin d'eux ou quand ils auront atteint l'âge de la retraite ! Pendant ce temps là, ils devront toutefois s'acquitter des différents impôts et cotiser au système de protection social local. Le pays veut bien faire venir des travailleurs étrangers mais selon des conditions assez strictes.

On peut donc penser que le résidant étranger restera un citoyen de seconde zone ayant beaucoup de devoirs et peu de droits si ce n'est celui de gagner plus d'argent que dans son propre pays. En outre, ils auront sans doute encore beaucoup de difficultés à accéder à la propriété (il faut être résidant permanent pour avoir droit à un crédit immobilier) ou à faire valoir leurs droits en cas de conflits avec des Japonais.

Pourtant, certains dirigeants se sont déjà inquiétés de la possible exploitation de ces résidants, exploitation qui existe déjà. Ainsi le ministère de la santé et du travail et le ministère de l'économie réfléchissent à une réforme du programme de formation de stagiaires étrangers dans des entreprises japonaises (en anglais: trainee-intern program). Selon ce programme qui a bénéficié à plus de 41 000 ressortissants étrangers en 2006, un ressortissant peu ou pas qualifié d'un pays en voie de développement peut venir (dans le cadre de structures gouvernementales) au Japon pendant 3 ans afin d'y acquérir une formation et une expérience. Ce programme suppose que ces ressortissants soient formés pendant un an et qu'ils travaillent ensuite 2 ans dans une entreprise japonaise, le plus souvent dans des PME. Ce système permet d'aider au développement de certains pays (formation de leur main d'oeuvre) tout en permettant à nombre d'entreprises japonaises d'avoir du personnel disponible dans certains secteurs en manque de candidats. Le problème est que ces stagiaires ont souvent été exploités car certaines entreprises les ont fait travailler pour des salaires bien en-dessous des normes japonaises et avec en plus des heures supplémentaires non payées ! N'étant pas considérés comme des salariés, ces personnes ne sont pas protégées par le code du travail japonais... Le ministère de la santé et du travail souhaite changer ça en les considérant comme des salariés dès leur arrivée au Japon mais le ministère de l'économie et du commerce s'oppose à un changement de statut de ces stagiaires et souhaite seulement une hausse des amendes pour les entreprises se comportant mal. Le problème est qu'au Japon, les inspecteurs du travail ne visitent que rarement les entreprises qui ont donc peu de choses à redouter de leur part.

Le Japon a opté depuis longtemps pour l'immigration choisie mais cela n'empêche en rien les problèmes : certains stagiaires (mais aussi nombre d'étudiants étrangers) restent plus longtemps que leur visa ne le leur permet et deviennent des travailleurs illégaux facilement exploitables, des réseaux mafieux profitent également du système pour faire venir des femmes de pays pauvres en leur promettant un emploi qui se transforme en prostitution à leur arrivée sur le territoire, etc. A cela, il faut ajouter une certaine crainte des étrangers qui sont considérés comme une des causes principales (mais fallacieuses) de la hausse de la criminalité. Cette inquiétude de la population face à un possible afflux d'étrangers est surtout un problème mêlant le politique, le culturel et l'éducatif. Ce pays devra essayer de le résoudre relativement rapidement s'il veut conserver un certain dynamisme économique.

Hervé Tisserand

 

Pour plus d'informations, je vous recommande de lire "A New Framework for Japan’s Immigration Policies" de Hidenori Sakanaka, directeur du Japan Immigration Policy Institute et  ancien  responsable  du  Service de  l'Immigration de Tokyo.

09 mai 2007

UDF Japon devient MD Japon !

Suite à l'annonce de la création du mouvement démocrate (MD) par François Bayrou, nous avons décidé de renommer notre blog "MD Japon". Notre logo a également été modifié. L'aventure continue au-delà de l'élection présidentielle. D'importantes élections vont encore avoir lieu : législatives, municipales, etc. Il faut donc continuer le combat et la promotion de nos idées. Au contraire de plusieurs députés UDF qui ont choisi de rallier définitivement Nicolas Sarkozy, nous souhaitons continuer à oeuvrer pour un centre indépendant, fort, fier de ses projets et rassembleurs !
 

Hervé Tisserand et Alexandre Joly.